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Le prince et le dindon


« I do not want a victory stained by doubt », Sarkozy said. Quel haut fait méritait que le président se trouve à la Une du New York Times électronique ? Il fallait lire plus avant pour se rendre compte que le Sarkozy cité par le prestigieux journal était Jean Sarkozy. Dans la dynastie de la Première famille, ils avaient trouvé le fils plus intéressant que le père. Ils ne se trompaient pas.
Ramené à la raison par les conseillers du Château, la sollicitation de son père et surtout son propre raisonnement et son propre quant à soi, Jean Sarkozy, sorte de Lucky Luke encore pied-tendre, prince Jean pour les non intimes, avait renoncé à briguer la charge de président de la Défense lors d’une déclaration surprise à la télévision. Débordant l’expérimenté Pujadas qui l’interviewait – si l’on peut nommer ainsi le piètre accompagnement au monologue d’un invité -, Jean se rendit avec hauteur, dignité, recul et même un soupçon d’ironie. « Je ne veux pas d’une victoire entachée de soupçon. » Avec grâce, il avait su transformer en quatre minutes un échec en victoire, par la seule magie du mot et de l’attitude justes.
A l’âge où son père ne devenait que conseiller municipal de Neuilly, le petit prince avait accédé à la politique par la grande porte ; ne lui restait plus qu’à s’appliquer à ne pas en sortir par la petite. Un jour, il serait redoutable. Ne lui manquaient plus qu’une ambition, qu’une trahison, qu’une traversée du désert, que d’infatigables luttes et campagnes, des amours compliquées et bruyantes, et il pourrait prétendre au destin de papa.
La France est un pays formidable que Le Monde nous écrit : à la une du journal daté de samedi, il livrait une enquête sur le feuilleton de Jean en haut de la page tandis qu’en bas, il publiait un article sur la politique du 4ème âge sous-titré « Comment gérer le vieillissement de la population ? » La réponse aurait dû être simple : en mettant les jeunes au pouvoir ! Mais il semblait que tout ce qui était simple dût rester étranger au Beau pays de la complexité, et du bon vin qui en est l’application la plus délectable.
Pour dérisoire qu’il fût, l’épisode avait eu cependant plusieurs vertus : celle de montrer les limites des rodomontades du président qui, si peu de temps avant, jurait « je ne cèderai pas ». Celle de démasquer la cohorte de ceux qui, sous une robe de ministre, avaient des atours de courtisan. Il avait fallu voir comme tous avaient surenchéri pour défendre la présidentielle progéniture et user de tous les moyens pour justifier l’injustifiable. Ce que le chroniqueur courageux du 13h15 de France 2 osa qualifier de « STO : service du témoignage obligatoire ». Parmi le gouvernement, il y avait encore eu ceux, si hâbleurs habituellement, qui s’étaient réfugiés dans les plis lâches d’un silence assourdissant. Une seule, toujours la même, avait eu l’audace de dissoner, Rama Yade, la jeune et belle punie aux Sports qui semblait-il commençait d’affiner sa vaillance dans la fréquentation des champions de haut niveau.
Il en est un qui mérita un traitement spécial, le lamentable baronnet Lefebvre dont personne ne se rappelait plus à quel mérite il devait sa place de communicant-en-chef de l’UMP qui communiquait si mal ; on se souvint que c’était lui qui avait osé, entre autres provocations, comparer le cas de Prince Jean à celui de… Martine Aubry fille de son père ! C’était se moquer, avec l’impudence que seule donne la bêtise du ver de terre à qui se croit protégé par une étoile. Mais il en fut bien puni : il s’attira les foudres de Cyrano de Bergerac lui-même en la personne du grand Jacques Weber descendu de ses tréteaux pour le traiter. « Le crétin de service, l’homme le plus vulgaire, le plus con », n’est qu’un extrait de la méchante nasarde qu’il lui administra. Il faudrait « lui casser la gueule », conclut-il ce qui hélas avait moins de panache que l’inoubliable « où vais-je vous larder, dindon ? » de la célèbre pièce d’Edmond Rostand. On s’en contenta. En tout cas la France était redevenue la France chez qui tout est littérature.
Jusqu’à mardi prochain.

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    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…