Facebook

Le vacarme du monde


9782879296722 Le dernier roman de Belinda Cannone nous ouvre les portes d’un univers étrange et fascinant : celui de l’hyperacousie. Jodel souffre de cette étonnante maladie : il entend des sons infimes avec une précision inouïe. Il perçoit sans mal le pas saccadé des fourmis ou le chuintement des couleuvres. Le moindre vrombissement de mobylette lui vrille les tympans. Si Jodel est assailli par la brutalité sonore du monde, il a mis son handicap au service de la recherche scientifique puisqu’il est ingénieur en physique des sons. Il passe ses journées dans un local insonorisé à analyser des enregistrements pour la sûreté nationale. Sa vie privée est à l’image de sa vie professionnelle : réglée comme du papier à musique, solitaire et étriquée. Jusqu’à sa rencontre inopinée avec Jeanne, une gamine de 12 ans, chez qui il détecte la même faculté. Une grande complicité naît entre eux : espiègle et perspicace, Jeanne lui fait découvrir les joies de l’amitié tandis que Jodel lui apprend à isoler les sons pour les comprendre. Autre rencontre inattendue : celle d’Oulan, un marginal venu de Mongolie qui fait découvrir à Jodel le monde globalisé, les guerres et leurs idéologies. L’occasion pour la romancière d’ouvrir son roman à une réflexion politique et sociétale. Au-delà du constat amer qu’elle dresse sur la misère humaine, elle pose cette question intime : comment trouver sa place quand on n’est pas dans la norme, sans pour autant trahir sa différence ? Elle décrypte en effet chez son personnage les remous d’une âme torturée : en plus de son hyperacousie, Jodel est soumis à une forme d’hyperacuité aux tensions qui l’entourent. Il est comme une éponge qui capte les émotions et les chagrins. Mais s’il est question de détresse, l’auteure nous entraîne, par l’entremise de la mère de Jeanne, compositrice de talent, dans un monde musical : un univers ouateux et mélodique fait de notes et d’arpèges, véritable baume pour les oreilles de Jodel. L’auteure s’amuse des sons comme des mots et déploie une écriture personnelle qui joue avec de nombreuses parenthèses, sans qu’elles ne soient jamais agaçantes ou superflues. L’imagination ne manque pas dans ce joli roman. Gaston Bachelard de l’affirmer : Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton. Ici le ton est inédit et particulièrement sensible.

Entre les bruits, Belinda Cannone, Olivier, 269 pp.

Réagissez

    • Il faut

      Si Marine Le Pen ne réunit pas les 500 signatures nécessaires à sa candidature à la Présidentielle, tant mieux ! En 2002, Chirac avait donné des instructions pour que le père les obtienne et puisse concourir : on a vu les conséquences le 21 avril. Il faut récuser l’argument selon lequel « je suis contre vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les défendre » : car eux, ne demandent qu’à se débarrasser de nous…

    • Il faut

      Rien ne dit que le sémillant Wade, qui brigue un troisième mandat présidentiel alors que la Constitution du pays ne l’autorise à en accomplir que deux, ne postulera pas, le moment venu, pour un quatrième. Il ne faut pas décourager les vocations, fût-ce à 85 ans (déclarés) comme lui ; d’ailleurs, il y a trop de jeunes au Sénégal…

    • Est-il politiquement correct de se dire que

      des gens à la rue par ce froid n’est pas acceptable. Maggie ne joue pas les enchanteresses. Peter refuse que les bus de l’armée servent aux transports, concurrence avec de Lijn oblige. Et les bien-pensants estiment que « les bobos gauchos » … doivent prendre « en charge, chez eux et à leurs frais, quelques réfugiés économiques ». Triste pays, tristes sires. Personnellement, je préférerais que mes impôts leur servent à quelque chose, plutôt qu’à financer les intérêts notionnels et particuliers de certaines entreprises.