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L’équivalence des valeurs


Crée et lancé le 21 janvier dernier, l’iMussolini est aujourd’hui l’application payante la plus vendue parmi celles disponibles sur l’iTunes, la boutique digitale d’Apple. Selon les derniers chiffres disponibles, chaque jour, plus d’un millier d’Italiens chargent ce dispositif permettant, pour la somme de 0,79 centimes d’euro, de lire, regarder et écouter l’ensemble des discours du Duce sur leur iPhone. Le résultat est considérable, inattendu, commercialement inexpliqué – aucun professionnel n’aurait en effet pu prévoir des chiffres de vente de loin supérieurs à ceux des jeux vidéos les plus courus, comme par exemple l’Avatar Game, tiré du film à succès de James Cameron.

Les réactions les plus vives sont venues de l’étranger, notamment de l’American Gathering of Holocaust Survivors and their Descendents qui, après avoir qualifié l’application d’« insulte à la mémoire des victimes du nazisme et du fascisme », a demandé à Apple le retrait du produit de sa boutique online. Par contre, pour ce qui est de l’opinion publique italienne, les intellectuels, les médias, la classe politique, de droite comme de gauche, n’ont pas fait grand cas du phénomène. Peu d’articles de presse, peu ou pas de tribunes, aucune question parlementaire sur le sujet. Cette absence de débat public est d’autant plus interpellante si l’on tient compte de la sociologie des utilisateurs de l’application. Pour l’écrasante majorité, il ne peut en effet s’agir de chercheurs, d’historiens, ni encore moins de vieux nostalgiques du Duce ou d’anciens membres du MSI. Chacun sait que l’iPhone est le produit phare des surfeurs, des utilisateurs de Facebook, du Web 2.0. Et donc d’un public très largement constitué de post-adolescents, de jeunes adultes.

Dès lors, comment expliquer l’absence de réaction politique ? Pourquoi la société italienne ne s’est-elle pas appropriée du sujet ? Pourquoi n’en a-t-elle pas profité pour expliquer à ses enfants que la République est née en s’opposant à Mussolini, sur les cendres de la monarchie fasciste de Vittorio Emmanuele III ? Pour dire qu’après le 8 septembre 1943 des Italiens choisirent le camp du bien et d’autres celui du mal ? En d’autres termes, pourquoi cette indifférence pour les valeurs qui ont marqué la naissance de nos institutions démocratiques ?

Parce que l’Italie connaît une crise morale majeure. Parce que s’y est développée une conception de la politique dépourvue de principes éthiques et moraux forts, une politique avant tout préoccupée par l’immédiateté, par l’intérêt à court terme. Et le drame est que cette conception de la chose publique déteint immanquablement sur l’ensemble de la société. Sur la Cité. Comment expliquer autrement que plusieurs dizaines d’anciens fascistes ont été impunément élus députés et sénateurs ? Que l’un d’entre eux, Gianni Alemanno, est désormais le premier citoyen de la ville lumière ? Que son arrivée fut saluée dans les plus belles places romaines, sans que cela ne suscite de scandale, par des militants affichant fièrement le salut hitlérien ? Que Roberto Fiore, adorateur du Duce, chef revendiqué des Naziskins de Forza Nuova, fut une des têtes de liste de la majorité gouvernementale aux dernières élections européennes ? Que la petite-fille du Duce est une députée fort en vue de la majorité berlusconienne ? Tout cela ouvertement, au grand jour, sans honte et sans remords, entre l’apéritif et le café.

L’Italie berlusconienne connaît la forme la plus éhontée du cynisme politique, celle qui dérive de l’absence de principes moraux. Un de ses principaux faits d’arme est d’avoir prêché depuis son accession au pouvoir l’équivalence des valeurs. D’être parvenu à faire croire au plus grand nombre qu’un camp en vaut un autre, que tous les choix sont bons à faire. Cette manière d’agir est dangereuse. Et peut avoir des conséquences irréversibles. Dramatiquement irréversibles. Car le passé enseigne qu’une génération suffit à transformer durablement un peuple dont l’âme n’est plus guidée par la critique. Par la raison. Faisons donc preuve de vigilance.

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Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…