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Les batraciens sont plus malins


Source WikipediaL’allégorie de la grenouille est une des fables préférées du collectif « Calvin & Hobbes ». Elle n’a effectivement aucun fondement scientifique[i]. Une grenouille n’attend pas de se faire cuire à point. Elle est réactive, elle tente de s’échapper. Cette allégorie devrait s’appeler « de l’être humain irréactif , soumis à l’autorité et conformiste ».

Tiens, dans l’affaire de l’héliport, vous savez, l’Héliport-Salut, combien de personnes n’ont-elles pas dit… Ho, un hélicoptère de plus… est-ce grave ? Et, puis que pouvons-nous faire ? Sans considérer qu’il ne s’agissait pas seulement d’un hélicoptère de plus et sans envisager que nous pouvons être autre chose que des moutons à tondre.

« Il faut s’entraîner à enlever son collier et être prêt à montrer les crocs une fois acculé à une telle situation[ii] ». estime l’écrivain Kenji Maruyama à propos de ses contemporains japonais et de la catastrophe nucléaire. Ko Sasaki évoque dans son reportage « Le jour le plus long pour les sinistrés[iii] », les réactions des habitants aux appels de deux personnages en combinaison blanche. « Fuyez ! » a trouvé un écho rapide chez quelques-uns, d’autres ont mis du temps à mettre en doute le discours (ou l’absence de discours) officiel.
Maintenant, quand bien même nous ne serions pas des ovins disciplinés, encore faudrait-il que nous soyons correctement informés.
On sait désormais que les informations officielles communiquées par Tepco et les autorités japonaises suite au séisme et au tsunami étaient non seulement insuffisantes mais minimisaient systématiquement la gravité de l’accident et de la contamination radioactive : n’a t-il pas fallu plus de deux mois à Tepco pour reconnaître que c’était bien dans les premiers jours que le cœur du combustible des trois réacteurs avait fondu (melt down) ? N’a t-on pas appris que le Système informatisé de prévision des informations d’urgences environnementales (SPEEDI, en anglais) qui prévoit la diffusion des radionucléides dans l’atmosphère, n’a pas servi à la protection des populations ? Les habitants des villes de Futaba et de Namié, par exemple, ont été évacués vers le nord-ouest sans être informés que le vent dispersait les rejets radioactifs dans cette direction, ce que la simulation montrait ? Les résultats de celle-ci, pourtant obtenus dès les premières heures de l’accident, n’ont été publiés qu’à partir du 3 mai [iv].

Cela pose et repose la question de la confiance à accorder à un discours (semi)officiel. Tepco et le gouvernement japonais ont tous deux sciemment menti. Comme les autorités françaises ont menti lors de Tchernobyl. Comme le gouvernement canadien, à propos de l’amiante, comme…, comme…

Il nous faut impérativement des gages. Il faut que nous puissions exprimer notre esprit critique.  Et comment si des éléments déterminants pour asseoir notre jugement nous sont refusés.

Certes, avec un peu de recherche, nous pourrions en apprendre de belles sur les beaux discours enflammés, sur les belles paroles. Tiens le forum sur l’eau[v] qui débute à Marseille. Avant de croire aux belles paroles sur la valeur de l’or bleu, encore faudrait-il savoir qui en parle, Veolia et Suez[vi], et pourquoi la France soutient ce forum ?

Faut-il pour autant voir dans ce dispositif une démarche de philanthropie ? Comme le rappelle le rapporteur de cette loi lui-même, le député André Santini (UMP, Issy-les-Moulineaux, 92), l’industrie française de l’eau occupe la première place des marchés dans le monde : « L’expansion des entreprises françaises s’est réalisée principalement par l’obtention de contrats internationaux et par croissance externe (acquisition de sociétés, alliances entre groupes concrétisées par l’instauration de filiales communes, prise de participation dans les entreprises…). Le pôle eau de Veolia (Veolia Waters) résulte de l’intégration de la Compagnie Générale des Eaux et de l’Américain USFilter et réalise un chiffre d’affaires de près de 13 milliards d’euros dont 61 % en Europe. (…) Donner aux communes, établissements publics de coopération intercommunale et syndicats mixtes, la possibilité de conclure des conventions de coopération internationale, est non seulement un moyen de permettre une exportation du modèle français de gestion de l’eau, mais aussi un moyen de compléter utilement la conquête de marchés par les grands groupes français ». Les grandes majors de l’eau française deviennent ainsi les principaux agents de la coopération, avec le soutien du contribuable, via les agences de l’eau[vii].

Ou tous ces experts économistes qui nous entreprennent sur la rigueur ou la bonté des banques et qui oublient de nous dire qui les appointent. L’université est le paravent d’autres activités, bien plus lucratives. A ce titre nous vous invitons à lire « Les économistes à gages sur la sellette[viii] ».

Loin de la théorie du complot mondial, nous pensons qu’il s’agit d’une saine exigence que de demander à chacun intervenant dans le débat (et a fortiori à titre d’expert universitaire) de montrer patte blanche pour entrer dans l’aire publique (ou au moins d’en dire suffisamment pour que chacun puisse se faire une idée juste).

Deux résolutions du collectif « Calvin & Hobbes » : refuser le collier et lire entre les lignes.

 Le collectif  « Calvin & Hobbes »

 


[ii] Ne soyons plus des moutons ! Le 11 mars 2011 a commencé une nouvelle époque, estime l’écrivain Kenji Maruyama. Dans le désarroi, chacun ne doit se fier qu’à lui-même. Et survivre en montrant les crocs s’il le faut… (Courrier International 1114)

[iii] Le jour le plus long pour les sinistrés (Ko Sasaki Courrier International 1114)

[iv] http://blog.mondediplo.net/2012-03-07-Fukushima-et-les-chiens-de-garde-du-nucleaire et Le jour le plus long pour les sinistrés (Ko Sasaki Courrier International 1114)

[viii] Les économistes à gages sur la sellette

Editoriaux, matinales radiophoniques, plateaux de télévision : en pleine campagne présidentielle, une poignée d’économistes quadrillent l’espace médiatique et bornent celui des possibles. Présentés comme universitaires, ils incarneraient la rigueur technique au cœur de la mêlée idéologique. Mais leurs diagnostics seraient-ils aussi crédibles si ces « experts » rendaient publiques leurs autres activités ? http://www.monde-diplomatique.fr/2012/03/LAMBERT/47476

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