Facebook

Les ex au pouvoir !


Cette semaine-là, Messieurs les ex étaient à la fête, il n’y en avait que pour eux. D’abord, parce qu’on fêtait les 20 ans de l’écroulement du Mur de Berlin, et qu’une sacrée belle vieille brochette, Kohl, Bush père, et Gorbatchev, reprenait le devant de la scène. A l’occasion de cet anniversaire, et pour une fois, disons pour un heure, les Français regardaient autre chose que leur nombril.
Ensuite parce que le débat scélérat et truqué sur l’identité nationale avait provoqué le réveil magistral d’un ex-premier ministre, Michel Rocard, qu’on croyait endormi dans la douce cohabitation avec Juppé, un autre ex, dans les beaux draps de la préparation du prochain grand emprunt : dans le Nouvel Observateur, brossant à grands coups de pinceaux et d’idées l’Histoire de France, il prouvait que la logique de fabrication de la France se détruisait si on la figeait. C’est pourquoi il jugeait « complètement imbécile » de rouvrir un débat sur le sujet.
Si le mot « sage » avait un sens, c’était bien pour qualifier cet ex jeune PSU qui transformait le vieillir en bonheur de penser mieux.
Plus flamboyant, plus populaire, plus accessible fut un ex-président, Chirac, qui sortait le premier tome de ses Mémoires avec tant de couverture sur les presses et les ondes qu’il étouffa le Goncourt et autres prix littéraires subalternes. Certes, il ne l’avait pas écrit tout seul et il avait l’honnêteté de le publier, mais le résultat plut au peuple qui lui fit un triomphe, au moins pendant deux heures au salon de Brive où il jouait à domicile partie gagnée. Avec l’aimable participation d’un ex qui se rêvait futur quelque chose, le socialiste François Hollande, écrivain d’occasion lui aussi.
Si Chirac évoquait les zones les plus privées de sa vie – les Français aiment ça –, il flinguait aussi à tout va – et ça, les Français raffolent. Bref un ex en pleine forme qui n’avait rien à envier à l’ex Pasqua qui de son côté passait son temps à menacer la république et ses commis des révélations les plus effroyables. La principale victime du vieux président Chirac était Giscard dont il faisait un portrait certes sommaire mais remarquablement cruel. On aurait dit Agassi, jeune ex du tennis agaçant, réglant ses comptes à ses anciens adversaires de passings meurtriers. Chirac en tonton flingueur, Giscard en tonton flingué, on était comblé.
D’autant qu’il ne fallait pas grande mémoire pour se rappeler la sortie toute récente du roman à l’eau de pose de VGE où il campait un président sexygénaire lutinant une Lady Di complice. On s’amusait bien, en France, grâce à nos anciens exquis, qu’ils soient sous-ex ou sur-ex comme on dit en photo, c’est à dire plus ou moins exposés à la curiosité des foules.
L’humeur murale berlinoise de la semaine fut enfin l’occasion du plus remarquable duo d’ex de la saison : Gorbatchev, ex-maître du Kremlin interviewé pour la télé par Védrine, ex-maître de la diplomatie française. Un édifiant festival d’intelligence, de hauteur, de vision et de simplicité. On imaginait avec effroi ce que donnerait dans quelques années Poutine interviewé par Kouchner.
Mais après tout, même les plus fougueux, même les plus fous, même les plus gueux de nos dirigeants, deviendraient à leur tour des ex qui auraient leur chance devant la postérité. Même chez les ex, on obéissait à la loi commune : place aux jeunes.
Jusqu’à mardi prochain.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…