Les excès de Maître Jacques
Excès, Jacques Mercier, Le Bord de l’Eau/La Muette, 2010, 160 pages, 18 €
On aurait tort de croire que l’animateur du Jeu des Dictionnaires, de La Semaine infernale ou de Forts en tête est un dilettante de l’écriture. S’il n’a écrit qu’une poignée de romans, nouvelles ou recueils de poèmes, en plus d’ouvrages sur le chocolat ou sur les spécificités du français, tel évidemment celui parlé en Belgique, c’est pourtant elle, l’écriture, qui le fait vivre (spirituellement). Bref, on n’est guère étonné que ce retraité télévisuel et radiophonique, qui s’est lancé dans le spectacle vivant (et autobiographique), publie un nouveau roman, Excès. Ce qui est plus désarçonnant, c’est sa dimension érotique.
N’étant pas un grand lecteur de ce type de littérature, de Sade à ce qui se publie aujourd’hui (plus qu’on ne l’imagine), je ne peux pas dire ce qu’Excès apporte ou non à ce genre. Deux choses méritent d’emblée d’être soulignées: une certaine qualité d’écriture et un humour latent prêt à émerger ci et là. Quant au contenu, il est double: les souvenirs-confessions-réflexions a posteriori du narrateur, qui se voit comme un grand enfant sentimental plus attentif au plaisir de la femme qu’au sien, à l’adresse d’une interlocutrice absente, alternent avec le récit, au présent, de sa vie conjugale avec ses hauts et ses bas, de ses amours divers et multiples et de ses excès tant dans le sexe (sans complaisance dans la crudité de l’exposition de fantasmes masculins) que dans la boisson. Mais, ce n’est pas que cela, Excès c’est aussi – d’abord? – le portrait d’un homme comme tant d’autres dépeints dans ses difficiles rapports à la vie et aux femmes. Et sur ce terrain, c’est très réussi.
