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Les feux de la passion


Io Sono l’Amore, de Luca Guadagnino

Dans le château des Recchi, riche famille d’industriels milanais, Emma coule des jours monotones, enfermée dans son mariage et son sens du devoir. Au printemps, elle fait la connaissance d’Antonio, surdoué en cuisine et meilleur ami de son fils. Leur rencontre déclenche des passions longtemps réprimées et emmène Emma sur le chemin d’un retour à la vie.

Ce qui frappe avant tout avec Io Sono l’Amore, c’est son style extrêmement léché. Mais ce n’est pas pour faire joli. Pour cette histoire d’amour fou, Luca Guadagnino a en effet pris le risque de miser sur tous les ressorts du langage cinématographique pour faire ressentir les feux de la passion au spectateur, des premières étincelles à l’embrasement final. Les images sont gorgées de soleil et d’effets de lumière surréalistes, le montage se fait impressionniste, les cadrages picturaux à souhait. Pour les oreilles, le réalisateur est allé dénicher quelques morceaux du compositeur contemporain John Adams. A la musicalité de la langue italienne s’ajoute donc cette musique fougueuse, flamboyante, à mi-chemin entre Philip Glass et Wagner. Io Sono l’Amore prend ainsi la forme d’un véritable ballet de corps et de décors, de couleurs et de formes, de mots et de notes… une œuvre opératique qui dégage une sensorialité de tous les instants. Cela peut rebuter: certains pourront trouver tout cela trop emballé. Les autres, qui auront su se laisser emporter, verront leur implication émotionnelle décupler pour cette histoire.

C’est l’histoire d’une femme, Emma, tiraillée entre deux extrêmes. D’un côté, une passion enivrante et prometteuse d’évasion et de liberté. De l’autre, une vie cadenassée par les traditions familiales et les conventions sociales. Sans une actrice à la hauteur, de tels états d’âme auraient été trop tièdes. On pouvait compter sur Tilda Swinton, qui s’est donnée corps et âme dans ce rôle (son plus beau à ce jour), pour livrer une performance exceptionnelle.

C’est aussi l’histoire d’une famille. Le soin porté aux personnages secondaires (le fils, le mari, la fille, la bonne), tous forts présents, renforce davantage le drame : s’arracher à sa famille, c’est aussi quitter les siens. Son choix, Emma finira par le faire, forcée par un terrible coup du destin. Le rebondissement scénaristique est osé, mais passe très bien grâce à la manière dont il est traité. Reste alors ce dernier quart d’heure, grandiose, qui se défait encore plus du réalisme et qui s’achève sur un final au pouvoir émotionnel tout bonnement époustouflant. L’ultime plan, dans un décor quasi onirique, semble sortir d’un autre monde.

Io Sono l’Amore, énorme coup de cœur de cette année, est un film bouleversant et ensorcelant : on en sort le souffle coupé, le cœur battant.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…