Facebook

Les héritages maudits


FRANCOIS_Aubaine_ptL’aubaine, Rose-Marie François, Bruxelles : Luc Pire, 2009. 155 p. (Grand Miroir). 16 €

La littérature est pleine de romans sur les victimes et l’héritage difficile que leurs souffrances impose à leurs descendants. On parle moins de l’héritage de la culpabilité du bourreau. Du bourreau ou de ceux qui lui furent proches, trop proches souvent. Dans “L’aubaine”, Rose-Marie François nous invite à un repas familial aux apparences banales. Mais nous sommes en Alsace, croisée des mondes, tranchée séculaire. Entre Allemagne et France, entre bourreaux et victimes, les générations d’après-guerre tentent de vivre, d’oublier, de reconstruire. Les fantômes sont nombreux, et le mort toujours saisit le vif.
Sur de tels sujets, il n’y a pas une vérité. Rien que des vérités fragiles construites par chacun. C’est pourquoi ce roman est polyphonique. Chacun fait entendre sa voix, mais aussi son silence. Lequel met en lumière la parole de l’autre, et ses manques.
Le roman sensible d’une poétesse qui sait ce que sont, entre ombres et lumières, la marche sur le fil des frontières et la navette qui tisse entre les peuples le tissu fragile de la culture.

Mots-clefs :, , ,

Une réaction sur “Les héritages maudits”

  1. Un tout grand merci, cher Vincent, pour ce texte tellement fin, tellement sensible, que vous avez écrit en poète et dans une chaude connivence.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…