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Les Intégrales (6): Le Bouddha d’Azur


Le Bouddha d’Azur, Cosey, Aire/Libre, Dupuis, 139 pages, 24 €

Depuis la création de Jonathan, le Suisse Cosey s’est fait une place à part dans la bande dessinée, imprégnée de philosophie orientaliste. En 2005 et 2006, il a signé ce diptyque qui vient d’être réédité en un seul volume dans la très exigeante collection Aire Libre. Il s’agit d’un hymne au Tibet libre à travers une belle histoire d’amour et de fidélité somptueusement dessinée et mise en couleurs.
En 1963, dissimulé dans le camion du jardinier de ses parents parti dans sa famille tibétaine, Gifford est recueilli dans un monastère perdu au cœur de l’Himalaya où il découvre une civilisation recueillie mais aussi la réalité de l’occupation chinoise. Durant ce séjour, son chemin croise celui de Lhahl, une fillette considérée comme la 5ème réincarnation de la grande mystique qui a découvert le Bouddha d’Azur. Si, des années plus tard, il est de retour dans cette région qu’il ne reconnaît plus, c’est pour assister à une cérémonie au cours de laquelle son ancienne amie prononcera une «déclaration sur l’avenir du Tibet», évidemment prochinoise. Il découvre que ce n’est pas celle qu’il a connue jadis qui s’apprête à parler, mais une autre jeune fille prise en otage par les autorités communistes. Il retrouve Lhahl, pourtant, et les voilà partis sur les traces du fameux Bouddha d’Azur que l’armée d’occupation recherche depuis si longtemps pour le détruire.
«J’ai découvert ce pays grâce à Tintin au Tibet et, surtout, à Alexandre David-Neel, explique Cosey. Mais comme il n’existe que peu de photos de l’exploratrice, tout juste une quinzaine en noir et blanc, j’ai décidé d’aller chercher moi-même mes documents..» Le dessinateur suisse avoue avoir mis dans ce diptyque tout ce qu’il sait sur ce pays visité à cinq reprises, sans garder de matière en réserve, convaincu qu’après treize épisodes de Jonathan, il ne ferait plus «cinquante albums sur le sujet».
«L’occupation du Tibet, c’est une invasion sous prétexte de libération, il n’y a aucune ambiguïté sur ce point. Les Chinois admettent quelques débordements, quelques drames tout en prétendant que, dans l’ensemble, depuis que le Tibet a été «libéré», les gens mangent à leur faim, sont éduqués, etc. Ce sont de purs mensonges. Le Tibet n’a jamais connu de famine, contrairement à la Chine sous le règne de Mao. Et il n’y a jamais eu de réfugiés qui auraient fui le régime tibétain féodal, d’ailleurs parfaitement harmonieux. Or la Chine a utilisé cet argument de féodalité pour occuper le Tibet. Mais personne ne leur avait rien demandé.»

Un dessin chaleureux et ses couleurs chatoyantes au service de personnages riches et attachants.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…