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Les mots, le verbe


On aurait pu croire que des coquetteries intellectuelles, amusettes, affèteries, suffiraient à amuser la galerie jusqu’au beau milieu de l’été où le Beau pays s’appliquait à tout oublier. On appelait ça les vacances. Lagarde s’était crue fine en inventant « rilance » que son service de presse fit tout pour faire passer pour un mot à la mode – contraction laborieuse de « rigueur » et de « relance » – et qui fut oublié le lendemain. De son côté l’Elysée avança à propos des affaires que « la monstration était plus importante que la démonstration ». Décryptage de la pseudo pensée présidentielle : la preuve doit venir de ce que l’on fait, pas de ce que l’on dit, soit une allitération assez pitoyable pour un cliché de plus.

Il n’en demeurait pas moins que les mots semblaient piloter le pays à vue tandis que le pouvoir se débattait dans l’affaire Woerth-Bettencourt des noms du ministre du Travail qui était soupçonné d’avoir favorisé quand il était ministre du Budget l’héritière milliardaire de l’Oréal. Aux attaques venues de toute part, le ministre répondit à la télévision par des mots vibrants, émus, d’où émanaient à la fois la panique et la sincérité. Il répéta « insupportable », il affirma « en vous regardant au fond des yeux » son honnêteté face aux « torrents de haine ». Cela ne manqua pas de faire rire quand Laurent Blanc, le nouveau sélectionneur de l’équipe de France de football, commença sa première adresse à la presse en regardant les journalistes « au fond des yeux ».

Mais sur le fond, l’affaire privée tournait à l’affaire d’Etat, surtout quand une ancienne comptable de la milliardaire donna sa parole qu’elle avait eu à gérer des enveloppes comptées en bon argent liquide dont la mécène parfumée arrosait de nombreuses personnalités politiques dont elle donna les noms. Approximation de la presse ou pas, elle sembla un temps, avant de se rétracter devant la police, mettre en cause nommément le Président lui-même. Après la démission de deux ministres et dans le contexte d’une impopularité extrême du chef de l’Etat, la situation était devenue sérieuse. Le secrétaire général du parti de gouvernement transformé en simple porte-flingue acheva de dramatiser la situation en dénonçant les « méthodes fascistes » du site d’information d’où émanait l’essentiel des révélations, ce qui montra assez qu’il ne connaissait pas le sens des mots.

L’affaire mettait en lumière un monde le plus souvent caché, celui de l’argent sous les traits d’une héritière qui ne s’était donnée la peine que de naître comme aurait dit Beaumarchais. Ce n’était pas seulement la fortune qui y ruinait l’être, c’était sa simple fréquentation qui entachait les réputations les plus établies, qui faisait les maîtres d’hôtel félons et les employés bavards, les gigolos sans foi ni loi et les médecins marrons. Oui, l’argent corrompait tout et même ceux qui le dénonçaient.

Alors vint le moment où le Président décida d’agir. Et il ne trouva qu’un moyen : la parole, encore. Il se souvint qu’il avait été avocat et qu’il était urgent de défendre son seul client en péril, lui-même. Comment faire oublier le péché originel, le Fouquet’s et le yacht d’un autre milliardaire ? Comment laver tous les soupçons, éclairer tous les coins sombres, bref, comment faire du verbe une arme meurtrière contre les doutes qui avaient saisi jusqu’à ses amis ? Il s’invita donc devant la nation à la télévision après avoir laissé dire qu’il avait bachoté tout le week-end précédent, et avoir eu la faiblesse d’ouvrir sa page Facebook aux Français pour qu’ils lui fassent part de leurs faiblardes questions.

Là dessus arrivait une fête nationale inédite, un 14 juillet où les feux d’artifice attendus semblaient devoir plus être faits de révélations explosives que de pétards inoffensifs. Quant à la prise de la Bastille, les Français ne demandaient pas mieux que d’y croire encore. Mais qu’étaient devenues la flamme révolutionnaire, la République, l’idée de justice, l’égalité ? Ils se défiaient des grands mots. Et en tout cas, interview télévisée présidentielle ou pas, pour efficace qu’elle fût avec un Sarkozy vieilli qui avait pourtant retrouvé du punch, ils refusaient de plus en plus de se payer de mots.

Jusqu’à mardi prochain.

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Réagissez

    • Il faut

      Rien ne dit que le sémillant Wade, qui brigue un troisième mandat présidentiel alors que la Constitution du pays ne l’autorise à en accomplir que deux, ne postulera pas, le moment venu, pour un quatrième. Il ne faut pas décourager les vocations, fût-ce à 85 ans (déclarés) comme lui ; d’ailleurs, il y a trop de jeunes au Sénégal…

    • Est-il politiquement correct de se dire que

      des gens à la rue par ce froid n’est pas acceptable. Maggie ne joue pas les enchanteresses. Peter refuse que les bus de l’armée servent aux transports, concurrence avec de Lijn oblige. Et les bien-pensants estiment que « les bobos gauchos » … doivent prendre « en charge, chez eux et à leurs frais, quelques réfugiés économiques ». Triste pays, tristes sires. Personnellement, je préférerais que mes impôts leur servent à quelque chose, plutôt qu’à financer les intérêts notionnels et particuliers de certaines entreprises.

    • Il faut

      Si, comme il l’a confié en Guyane, Nicolas Sarkozy envisage « la fin de sa carrière », et ainsi sa défaite à la Présidentielle de 2012, il sera facile de deviner ce qu’il dirait lors de ses adieux : à savoir que ce n’est pas sa faute si les français sont si allergiques aux réformes – bref, qu’ils ne le méritaient pas ! Et de conclure : « Je vous quitte, car maintenant, il faut que je me fasse de l’argent… »