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L'honorable Mr. Omar


Monsieur Omar Al-Bachir était, jusqu’il y a peu, le calife, le boss (ou, comment appelle-t-on au juste un président qui s’est mis la couronne tout seul sur la tête ?) d’un pays appelé le Soudan. Principale curiosité, la moitié de sa population a passé des années à massacrer l’autre moitié. Quand la paix a finalement été signée, des centaines de milliers d’habitants de la région du Darfour (en tout cas ceux qui ont réussi à échapper aux milices du calife) se sont réfugiés dans les pays voisins où ils survivent au milieu du désert, sans rien, sinon l’aide internationale. De mâles résolutions ont été prises à l’ONU pour que les pays civilisés (et les autres, ceux qui fournissent le lot habituel de casques bleus) ramènent ces gens chez eux et que le gouvernement du Soudan redevienne un peu plus présentable. Opération difficile pour des dirigeants qui avaient jadis invité Oussama Ben Laden à y installer le centre de ses activités.

Bref, toutes ces histoires d’Arabes et de Noirs n’ont guère ému le bon peuple de chez nous jusqu’à ce qu’un tribunal international installé en Hollande décide un beau jour d’inculper Mr Omar pour crimes contre l’humanité et prie les états membres de l’ONU d’arrêter la calife au passage pour le renvoyer vers La Haye où une petite tente bien chauffée l’attend, juste à côté de celle de Mr Radovan Karadzic, un de ses collègues déchus.

Quelle maladresse ! Quel manque de diplomatie ! Ces juges avaient-ils mangé trop de fromage ? bu trop de genièvre ? Mr Omar qui ne dérangeait personne s’est transformé en victime, donc en héros. Soutenu par les démocrates chinois (qui s’abreuvent à son pétrole et à son uranium, extrait du Darfour, comme c’est curieux), égyptiens et libyens, Mr Omar a aussitôt été reçu en grande pompe par la Ligue arabe réunie à Doha. Passant, la tête haute, les portiques de sécurité. Applaudissements, place d’honneur, tout le tralala.

Si le secrétaire général de l’ONU, Ban-Ki-moon, en a avalé sa bouteille d’eau, étiquette et bouchon compris, l’histoire ne le dit pas. Mais c’est la seule raison que je vois au fait qu’il ne soit pas sorti de la séance en claquant la porte.

L’explication de cette provocante invitation est simple : lorsqu’un dirigeant politique assassin est poursuivi par le TPI, c’est parce qu’il est un dirigeant politique assassin ; quand l’honorable Mr Omar est poursuivi, c’est parce qu’il est un dirigeant africain et musulman.

Bien sûr, si le pays de Mr Omar n’était pas une éponge gorgée de pétrole, avec en guise de dessert, une pincée d’uranium, le cher homme serait à l’ombre depuis longtemps. Et sans air conditionné.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…