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Masques (1)


© Ph. Joannès

Je dois vous dire quelque chose : le masque est un objet qui me fascine, et cela tient à ce qu’une fois posé sur un visage, il n’est plus objet mais début de mystère. Pour moi, le masque c’est Venise. Au Carnaval, on y rencontre, même dans les ruelles les plus reculées, des fantômes masqués. Ils me parlent du temps, comme les briques effritées, comme l’eau qui ronge les pierres, comme les pieux pourris par la mer, comme le fer forgé rouillé. Les masques circulent. Les plus simples sont les plus beaux. Ils vous disent : « Je vous vois, mais vous, connaissez-vous mes intentions ? Je me cache et vous devez m’imaginer. Je ne parle pas, car vous en sauriez déjà trop. Mes iris, dans la pénombre des yeux noirs du masque, vous interpellent, mais ne vous disent pas si je souris ou esquisse un froncement des paupières à cause du soleil bas ou d’un caillou dans ma chaussure. »

Il n’y a pas de musique dans la ruelle, et pourtant je l’entends. Les masques font la fête ou s’y rendent. Mais ils ne veulent pas qu’on le sache. Car il est riche et on le croit bien occupé. Car elle est belle, mais ne veut pas être importunée. Elle ne parlera qu’à cet autre masque, car ils se sont reconnus, ils ont leur code et je ne l’ai pas, et cela me fascine. J’ai envie, ou pas, de les arracher, de voir ces visages, lire ces expressions, mais le charme serait rompu. Les choses seraient plus claires, mais le souffle du mystère se tairait à jamais…

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…