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Ne dites pas à ma mère que je travaille dans un service public


La nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Difficile pourtant de ne pas songer avec un peu de regret à l’époque où le service public obéissait à d’autres lois qu’à celles du « marché » (lequel n’a paraît-il rien de commun avec le marché du Midi, sinon on n’en serait probablement pas là). Gestion parfois approximative, lourdeur, bureaucratie, nominations politiques, ce ne sont pas ces maux qui ont usé administrations et « parastataux » (comme on les appelait avant que ne débarquent les conseillers en communication). C’est la philosophie économique de l’Europe (c’est-à-dire nous), croyant ainsi imiter pour le plus grand profit de tous les consommateurs (c’est ainsi qu’on nous désigne à présent) le modèle américain. La concurrence va améliorer le service et diminuer le prix, qu’ils ont dit. Quelle débâcle de tous ces beaux esprits. Parmi lesquels les socialistes n’ont pas été les moins enthousiastes, Jacques Delors ou Karel Van Miert, pour citer les meilleurs. Tous ces apprentis sorciers auraient dû se rappeler de « Jour de Fête » où Jacques Tati, le facteur du village, décide de moderniser sa tournée pour se mettre à « l’heure américaine ». Ce qui le mène au fond de la rivière…
Madame la Poste se vend à présent au plus offrant. C’est ainsi que l’argent du contribuable ne sert plus à faire fonctionner les bureaux de poste ou à payer le salaire des fonctionnaires. Il est dépensé pour rémunérer les actionnaires, la poste danoise puis une banque d’investissement britannique, propriétaire de la moitié de son capital.
La S.N.C.B., elle aussi, s’est mise aux couleurs du « management ». Avec des préoccupations financières absurdes comme cette idée farfelue de racheter une société de transport par route, ABX, dont l’échec a coûté aux contribuables l’équivalent de plusieurs gares de Calatrava. (En récompense, le patron de l’époque est devenu secrétaire d’état à la mobilité ; une ambition sans frein). Et des préoccupations politiques pour préparer le démantèlement de la société nationale au profit de sociétés régionales.
Oh ! Les politiques vous répondront la main sur le cœur qu’ils ont imposé dans les contrats de gestion une obligation de fournir un « service universel ». Un vocabulaire significatif : le service est universel comme l’économie est mondialisée. On a vu comment a tourné celle-ci ; on voit ce qu’il en est de celui-là.
Ce que résumait fort bien Alfred Sauvy : « De même que les administrations fonctionneraient de façon satisfaisante s’il n’y avait pas le public, de même les théories économiques seraient relativement faciles à établir sans la présence de cet insupportable gêneur qu’est l’homme. »

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…