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Ou bien… Ou bien…


Dans La part de l’autre, Eric-Emmanuel Schmitt imagine ce qu’aurait pu devenir Hitler s’il n’avait pas été recalé aux beaux-arts. Dans Smoking / No Smoking, Alain Resnais, adaptant une pièce de l’Anglais Peter Ayckbourn, proposent six fins différentes à partir d’un point de départ commun selon que telle ou telle chose se produise ou non. Viennent de paraître chez Glénat deux très bonnes bandes dessinées reposant sur le même principe, L’alternative et Destins.

Pierre vit avec ses parents dans un village de Champagne. Mais voilà, si sa mère est française, son père est allemand, un «boche» comme tous l’appellent car, en cette année 1929, les plaies de la Première Guerre mondiale ne sont toujours pas cicatrisées. Un jour, c’en est trop, Franz choisit de partir. C’est là que le destin du garçon de dix ans va se jouer. S’il reste avec sa mère, il finira par s’engager dans l’armée puis par entrer dans la Résistance où il retrouvera une amie d’enfance. S’il quitte son village, il deviendra SS pour venger la mort de son père soi-disant tué par les communistes alors que, militant de gauche, il a été abattu à bout portant par des sbires hitlériens. Ecrit par Chevais-Deighton, Alternative est un excellent diptyque dessiné par Agosto et Philhoo et dont chaque album éclaire, dans sa première partie, des zones laissées dans l’ombre par l’autre. Comme quoi on peut faire de la BD intelligente et qui pousse à réfléchir autour de sujets graves.

Le dilemme auquel est confrontée l’héroïne de Destins est d’un tout autre ordre. Par amour pour un ancien révolutionnaire nicaraguayen, une étudiante américaine accepte de cambrioler avec lui une banque «symbole de la ploutocratie» américaine. Mais l’attaque tourne mal: le jeune homme est tué, ainsi que deux femmes. Et c’est une autre femme, une jeune contestataire, qui est accusée à sa place. Grâce à son amoureux, personnage haut placé qui lui fournit un alibi, elle est libre. Les années passent. Ellen est devenue une personnalité dans le monde humanitaire et est mariée à un avocat renommé pour sa défense d’hommes d’Etat peu reluisants qui s’apprête à entrer en politique. Or elle découvre que, finalement, la justice a condamné à mort l’ancienne contestataire. Que va-t-elle faire? Soit elle se dénonce et risque d’affaiblir son association et de compromettre l’avenir de son mari, soit elle privilégie son action publique et par avec en Afrique pour une nouvelle opération.

Frank Giroud est l’inventeur du concept de cette série de treize albums réalisés par des scénaristes et dessinateurs différents et dont paraissent simultanément les trois premiers épisodes. Giroud est un scénariste particulièrement créatif. C’est lui qui est derrière Le Décalogue, l’un des événements BD les plus importants de ces dernières années, de Secrets, un ensemble de diptyques ou triptyques autour de secrets de familles, ou de Quintett, une même histoire – quelques semaines dans un village transformé en base militaire française dans les pays baltes pendant les Première Guerre mondiale – racontée successivement par les quatre membre d’un quintet. Le cinquième tome, raconté par le pianiste dont on ne voyait jamais le visage, décodait l’ensemble. Et, récemment, un numéro hors-série est venu encore enrichir cette aventure tout à fait palpitante.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…