Facebook

Panem et circenses


Cinq millions et demi d’euros au bac pour un grand prix de F1[1]. En ces temps de crise, vous, je ne sais pas, mais moi, cela me donne mal au cœur.

Je sais, et je le revendique, je ne comprends rien aux « sports » moteurs. D’ailleurs,  ils me laisseraient de glace s’ils ne représentaient pas un coût pour la collectivité.  Certains objecteront que le rayonnement de la Belgique(payé en l’occurrence par le contribuable wallon) passe par là.  Mais personne n’a réellement prouvé la chose. D’autres vont plus loin. Nous manquons de sportifs de haut niveau disent-ils. Il faut donc les aider. Pourquoi pas un petit salaire pour le jeune D’Ambrosio [2]?

Vous pouvez être convaincus qu’une « gamine » en minijupe ou un clampin qui joue au cerceau vont pousser les investisseurs à galoper vers l’aéroport le plus proche pour accourir en Belgique et amener leurs billes, surtout si vous êtes journaliste sportif[3] qui défendez votre gagne-pain ou sans imagination qui revendiquez le droit à la non pensée. Mais j’ai la naïveté de croire qu’un chef d’entreprise, fût-il lointain et exotique, sera plus enclin à considérer la qualité des travailleur ou la docilité du législateur. Et pour ceux qui auraient plus de hauteur, la qualité de la recherche, les capacités d’innover seraient des arguments supplémentaires.

En puis, ces petits millions de Francorchamps, ils vont alourdir la bourse d’un type peu fréquentable pour qui Hitler « était efficace » et la démocratie « n’a pas fait grand bien à beaucoup de pays »[4] et la dot d’une pauvre petite fille riche[5].  Je la trouve passablement saumâtre.

Ha, l’expression de l’arrogance de ces fédérations sportives[6]  qui imposent des règles draconiennes et font miroiter l’Eldorado. En Afrique du Sud, pour le mondial, «  Des quartiers pauvres ont été rasés ; les ouvriers ont construit les stades pour des salaires de misère ; des vendeurs de rue ont été chassés des rues et privés de leur source de revenu. Bref, la majorité de la population sud-africaine est restée hors jeu.[7] »

Basta.  Que l’on arrête de nous bassiner avec ce sport spectacle… qui touche même les plus petits communes qui veulent toutes des équipements hors de proportion [Je n’ai jamais dit qu’il fallait raser la buvette du club local]  et qui finalement a vraisemblablement peu d’effet sur la santé économique et sociale.

Prenons plutôt conscience de l’impact climatique de ces manifestations. Ces petits caïds qui tournent pendant des heures ou qui s’amusent dans le désert en lâchent des caisses… de Co2. Moins que d’autres manifestations certes, mais de trop et pourquoi  [8] ?

Parce que le climat, ce n’est pas l’atmosphère entre négociateurs dans un Vaudeville, dans lequel on se préoccupe plus de qui cocufiera qui, plutôt que de la réalité et de l’avenir.

Le climat est ce qui déterminera ce dont sera fait demain et quand on sait que les principaux gaz à effet de serre à l’origine du réchauffement climatique ont franchi de nouveaux records de concentration en 2010, les effets de manche ou les frétillements sur la taxation des voitures de société [lesquelles, au passage, pourraient être généralement supprimées] me semble ridicule.

Alors, Basta. Améliorons le climat. Virons les sportifs et leurs maquereaux à pognon. Retrouvons les plaisir  des matchs de village, des courses dans les bois, voire des sports en chambre. Et si l’on veut dépenser du pognon, que l’on pense à la recherche, à l’enseignement (mais peut-être pas du foot), à l’amélioration des logements, à la convivialité…. Le monde ne s’en portera pas plus mal. La Belgiquesera peut-être reconnue pour des choses moins futiles et le climat s’en trouvera      moins alourdi.

 

Denis Marion.

Entrepreneur sans but lucratif.



[8] Le Dakar 2010 affiche un total des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 42 800 tonnes de CO2, contre 2 700 000 tonnes pourla Coupe du monde football

http://blog.lefigaro.fr/F1-tour-de-chauffe/2011/04/le-sport-automobile-est-il-une-aberration-environnementale.html

Mots-clefs :,

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…