Facebook

Philip Catherine plays Cole Porter


Philip Catherine plays Cole Porter, Challenge Records, 2011

Philip Catherine, guitare, Karel Boelhee, piano, Philippe Aerts, contrebasse et Martijn Vink, batterie.

A l’annonce de la sortie, au début du mois de mai, du nouvel album de Philip Catherine, et parce que Philip Catherine plays Cole Porter, je décidai sur le champ d’en faire l’objet de ma modeste et très irrégulière chronique. Pour ceux qui l’ignoreraient, Cole Porter (1891-1964) est un compositeur et parolier américain, auteur de comédies musicales célèbres créées à Broadway. Il a écrit quelques-unes des pages les plus prestigieuses du répertoire américain, ce Great American Songbook, auquel ont contribué aussi Georges Gershwin, Irving Berlin, Oscar Hammerstein, Jérôme Kern, Richard Rodgers, Arthur Schwartz, Kurt Weill, Duke Ellington et quelques autres. Ce répertoire fut et est encore un immense réservoir de chansons, dans lesquels les musiciens de jazz ont puisé, et ces chansons, par les instruments ou les voix de ces puissants alchimistes, sont devenus les standards de jazz. Les compositeurs classiques n’ont rien fait d’autre, puisant souvent leur inspiration dans les airs populaires, religieux ou à la mode de leur temps.

Philip Catherine a déjà enregistré au moins une composition de Cole Porter, Love for Sale, en compagnie de Chet Baker (si vous en connaissez d’autres, elles seront les bienvenues dans les commentaires!), mais le voilà donc qui lui consacre tout un album, comme l’ont fait bon nombre de grands artistes, comme Charlie Parker, Ella Fitzgerald, Oscar Peterson, Teddy Wilson, Lee Konitz. Et quand on sait que le guitariste change en or tout ce qu’il touche, nul doute que les airs de Cole Porter sortiront de son atelier comme neufs, mais, of course, complètement catherinisés. De doute en effet, je n’en ai point, et  j’emploie le futur, car j’écris cette chronique en respectant une curieuse promesse que je m’étais faite à la sortie du cd : ne pas écouter l’album avant la rédaction de ces lignes. J’ai donc aussi évité soigneusement d’assister au concert de Philip Catherine au Sounds, le club de la rue de la Tulipe, dans le cadre du Jazz Marathon.

C’est que l’annonce du traitement des compositions de Cole Porter par Philip Catherine a provoqué chez moi un désir, une sensation de plaisir anticipé : j’entendais déjà Catherine sur les airs de Porter. Bien sûr, l’air ne fait pas la chanson, mais mon imagination venait de décider de se faire son petit concert de Philip Catherine à elle toute seule, et à mes dépens, puisque ce caprice m’a empêché de l’écouter au Sounds. Le son soyeux, les lignes hautes, pures et souples, entrecoupées de silences, de ruptures, de secrets furetages, de la guitare de Catherine se dérouleraient donc pendant un certain temps dans mon petit théâtre intérieur, aiguillonnés par le souvenir ou la réécoute d’Ella Fitzgerald, d’Oscar Peterson ou de Lee Konitz par exemple, sur I concentrate on you, Jeanne Lee avec Mal Waldron, ou Archie Shepp, sur Every time we say goodbye, Charlie Parker ou Stephane Grappelli sur In The Still Of The Night. Ah, la jubilation d’entendre Catherine poser ses notes longues et légères là où Armstrong enfonçait sa grosse voix d’amoureux, dans Let’s Do It, Let’s Fall In Love !

Alors, me direz-vous, que peut bien apporter ce cd si la musique est connue d’avance ? Les grands musiciens, comme les grands peintres, ou les grands écrivains, se sont forgé un univers bien à eux, que l’ont reconnaît d’emblée, mais qui procure à chaque fois un plaisir nouveau. Qui disait qu’un grand peintre peignait toujours le même tableau ? Un ami français, peu suspect de chauvinisme, très connaisseur, ne me disait-il pas, parlant de Philip Catherine: vous avez en Belgique, le plus grand guitariste du monde. La musique des grands est comme une région aimée qui nous est familière, mais qu’on ne peut s’empêcher de parcourir et de reparcourir, car on sait qu’on y sera bien et qu’à chaque fois, elle paraîtra neuve et nous dévoilera un recoin inconnu, une vallée cachée, un chemin inattendu.

J’ai donc anticipé un voyage immobile dans une région superbe, reste à me mettre en route, avec cette nouvelle carte, allons, Let’s do it, let’s fall in love, et Get out of town. Maintenant je cours acheter l’album, maintenant je peux l’écouter, I concentrate on you, Philip Catherine.

Pour la petite histoire, Cole Porter apparait dans le dernier film de Woody Allen « Midnight in Paris« . Sans doute s’y est-il fait représenter.

Mots-clefs :, ,

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…