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Philip et Francis sermonent leurs doubles


Philip et Francis, savoureusement parodiques

Les Aventures de Philip et Francis, Le Piège machiavélique, Pierre Veys & Nicolas Barral, Dargaud, 56 pages, 13,95 €

Il a fallu attendre six ans avant que Veys et Barral, par ailleurs auteurs d’une autre excellente série parodique, Baker Street, ne remettent en selle Philip et Francis apparus dans le très drôle Menaces sur l’empire. Le délai ne leur a fait perdre ni leur humour farceur, ni leur esprit délicieusement moqueur comme en témoigne ce Piège machiavélique, un chef d’œuvre du genre. A l’instar de ce qu’ils ont fait avec Sherlock Holmes et le docteur Watson, le premier faisant figure de parfait imbécile, les duettistes ont pris beaucoup de liberté avec leurs héros, Mortimer apparaissant sous les traits d’un balourd puéril et grotesque sans cesse « rectifié » par son ami Blake.
Miloch, apparu dans deux épisodes des vraies aventures des personnages créés par Edgar P. Jacobs, SOS Météores et Le Piège diabolique, meurt une seconde fois au début de cet album, invitant ses célèbres adversaires à découvrir sa «géniale invention». Celle-ci envoie les deux hommes dans un Londres parallèle où les chauffeurs de taxi sont aveugles, les bus possèdent trois étages et, surtout, Marks and Spencer s’appelle… Spencer and Marks! Mais le pire reste à venir: leur ennemi légendaire, Olrik, est premier ministre et s’apprête à épouser la reine. Partis en quête de leurs homologues, Philip découvre un alter-ego constructeur de maquettes et obèse, tout comme son fidèle serviteur Nasir, et Francis, un sosie sans moustache devenu acteur célèbre sous les traits de Zorro, les deux hommes ne se connaissant pas.
Fins connaisseurs de l’œuvre originale, Veys et Barral s’en inspirent constamment, tant dans les expressions que dans les attitudes des personnages, pour créer un univers qui en est un décalage hilarant. Nous sommes sans cesse surpris et amusé par telle réplique inattendue, telle comportement bien peu conventionnel, telle situation absurde. Rien n’est négligé ou laisse au hasard dans cette histoire abracadabrante reposant sur une mécanique imparable.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…