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Septante ans et un retour aux sources


854169269_MPierre Mertens n’est pas seulement un pourfendeur de famille royale mais aussi un collectionneur de timbres-poste de pays en guerre (il paraît que c’est très instructif…). Ce qui prouve qu’il aime les paysages chaotiques. D’où sans doute le choix du titre de sa trilogie romanesque Paysage avec la chute d’Icare, allusion au célèbre tableau de Pieter Bruegel l’Ancien. Le volume reprend deux romans, L’Inde ou l’Amérique (1969) et La fête des anciens (1971), et un recueil de nouvelles, Le niveau de la mer (1970). Trois titres parus séparément à l’origine et qui ont signé les débuts du jeune écrivain. Depuis lors, quarante ans ont passé et l’eau a coulé sous les ponts : le jeune homme est devenu un auteur confirmé dont l’œuvre est célébrée à travers le monde. Cette réédition nous offre l’occasion de plonger au cœur d’une thématique chère à Pierre Mertens : l’enfance, ses blessures et ses méprises. Selon l’auteur, « La force dont on a besoin pour la vie, c’est dans l’enfance qu’on la puise[1] ». Ainsi dans le premier roman de ce triptyque, L’Inde ou l’Amérique – Prix Rossel 1970 – et qui brasse des sujets aussi poignants que l’imposture et le mensonge, le jeune Julien Delmas va-t-il connaître l’exaltation et les affres de l’enfance, le marquant à tout jamais. Dans la nouvelle qui suit, Supplément au voyage de Colomb, Julien devenu adulte a une phrase qui complète et explique le titre du roman : « Comme chacun sait, on s’embarque pour les Indes, et on découvre l’Amérique ». Pour Pierre Mertens en effet « ce qu’on trouve n’est pas forcément ce qu’on a cherché au départ (…), l’essentiel est de partir[2] ». Belle métaphore de la création artistique en général, et du travail de l’écrivain en particulier qui « arrive toujours ailleurs que prévu[3] ». Dans les deux romans et les six nouvelles, Pierre Mertens reprend une structure identique basée sur l’éclatement de la chronologie, et poursuit son investigation de la vie de Julien Delmas, insufflant à l’ensemble une cohérence indéniable et un souffle hypnotisant.

 Paysage avec la chute d’Icare, Pierre Mertens, Seuil, 544 p., 25 euros.

À signaler aussi la parution récente de son essai intitulé Le don d’avoir été vivant (Paris, Écriture, 2009) où il évoque notamment quelques-uns de ses auteurs de chevet : Sciascia, Kundera, Lowry, Kafka, Cortázar et Pasolini, ainsi que Gottfried Benn (personnage central de son roman Les Éblouissements, prix Médicis 1987).


[1] Citation issue de l’interview de Pierre Mertens par Michel Grodent paru dans Le Soir le 08 octobre 2009.

[2] Idem.

[3] Citation issue de l’interview de Pierre Mertens par Guy Duplat parue dans La Libre Belgique le 09 novembre 2009.

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Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…