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Pinacle


Pina BauschEn guise de première contribution à ce blog (et avant d’en venir inévitablement à l’énumération, au fil des prochaines, des symptômes toujours plus lourds du manque d’élégance et de substance de la période actuelle (encore plus si on la mesure en termes d’enjeux), je souhaite mettre en exergue un fait qui, sous les dehors d’une simple anecdote liée à la création d’un spectacle, en dit long sur l’humanité prise par le bout de la réconciliation.
Il y a quelques mois, une grande dame, Pina Bausch, est décédée. Si cette annonce n’est pas passée totalement inaperçue, les échos en ont été fort atténués par la disparition (autrement plus importante pour la société des apparences) à peu près concomitante d’un vague (selon mon point de vue) chanteur dont on nous rebat les oreilles depuis lors – comme s’il fallait lui assurer une postérité à grands coups d’opérations de marketing et de révélations calibrées sur les différents stades de sa dégénérescence.
Il a donc fallu se rabattre sur une émission d’hommage programmée sur ARTE pour goûter une dernière fois à l’évocation de l’une des figures majeures de la danse contemporaine. L’un de ses interprètes de prédilection y a notamment raconté que, lors de la première du spectacle né de la résidence de la troupe à Istanbul, il s’est présenté sur scène et a tiré de son portefeuille une photographie. Cette image, format carte d’identité, il la brandissait avec insistance à l’adresse du public, en semblant dire : «Voilà, c’est moi, vous pouvez me reconnaître…». Le danseur avouait, dans son entretien, n’avoir aucune idée de la manière donc les spectateurs, d’une culture très différente et sans doute plus accoutumés à des introductions plus chantournées ou traditionnelles, allaient réagir. D’autres membres du groupe le rejoignirent et, à leur tour, exhibèrent une photo où ils figuraient, soit seuls, soit en famille. Il y eut bientôt une dizaine de danseurs qui tendaient cette image d’eux-mêmes, de manière muette et dans une tension grandissante.
Alors se produisit un basculement. Certains spectateurs se levèrent et tirèrent de leurs poches une image d’eux ou de leurs familles. Ils les montrèrent aux acteurs, en imitant leurs gestes et leurs postures, en commençant même à leur parler : «C’est moi, c’est nous, avec ma femme, mes enfants, la maison, regarde, viens me voir…». Bientôt, toute la salle suivit le mouvement ; et chacun, acteur et spectateur, prit le moment pour ce qu’il était en vérité : un cadeau de bienvenue à l’usage de tous et toutes.

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Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…