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Quartiers de Paris


Le Paris qui nous fait rêver, nous qui n’y habitons pas, c’est celui des films, romans, chansons, bandes dessinées ou photos qui l’ont mythifié, le Paris de Doisneau, Prévert, Piaf, Tardi, Balzac et de tant d’autres (par exemple le trop peu connu Baptiste-Marey). C’est aussi celui porté par l’Histoire, la Commune, Mai 68 et tous ces événements charriant des noms de rues, places, monuments qui ont nourri notre imaginaire. Philippe Mellot l’a bien compris et, dans de beaux albums publiés chez Omnibus alliant photos et commentaires, plonge dans le passé de certains quartiers emblématiques en les dévoilant rue après rue. Après Montmartre l’an dernier, il arpente le Quartier latin.
Couvert de pâturages, moulins et vignes, le village de Montmartre est devenu une commune en 1789 et fut seulement rattaché à Paris en 1860, formant ainsi le XVIIIe arrondissement, quinze ans avant le début de la construction du Sacré-Cœur. Le Haut Montmartre, celui des artistes et de la bohème, a toujours coexisté, parfois violemment, avec le Bas Montmartre, celui de la nuit, du monde interlope de Pigalle, des cabarets et des chansonniers. Le parti-pris est topographique. Partant du Moulin de la Galette, nous descendons jusqu’à la Place Clichy en faisant halte à chaque passage, impasse ou rue (de celle du Mont-Cenis où se trouve la maison de Mimi Pinson, aux rues des Abbesses et Lepic), sur chaque place (telle celles du Tertre ou Pigalle), à chaque lieu-dit (le Maquis) et bien sûr en tous les endroits qui ont fait la gloire de la Butte: le Lapin Agile, le Moulin Rouge hanté par la Goulue et Toulouse-Lautrec, la Taverne des Truands fondé par un poète dadaïste, le Cirque Médrano, le Cabaret du Chat-Noir et son théâtre d’ombres, celui de Bruant et bien d’autres aujourd’hui disparus.
Philippe Mellot a procédé de la même manière avec le Quartier latin. Abritant une faune humaine très diverses – des poètes, petits artisans, ouvriers, étudiants, clochards et même bourgeois dans certaines rues -, ce quartier va du Boulevard Saint-Michel au Jardin des Plantes, en passant par la Sorbonne, le Panthéon, la Place Maubert ou la rue Mouffetard, comptant un certain nombre de prestigieux lycées (Henri IV, Louis le Grand) ou grandes écoles (Polytechnique, Normale Sup, Collège de France) – sur lesquelles l’auteur ne s’attarde malheureusement pas. Riche en anecdotes géographiques, historiques ou littéraires (on y croise entre autres Balzac, Villon, Verlaine ou Adrienne Monnier et sa librairie-bibliothèque de prêt Les Amis des Livres), cet ouvrage raconte à quoi le ressemblait ce morceau de Paris à la fin du XIXe siècle, qui y vivait et comment. Multipliant les photos d’époque, dont certaines représentent des rues aujourd’hui disparues ou profondément modifiées, Mellot s’appuie principalement sur les descriptions faites par Louis-Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris paru à la fin du XVIIIe siècle, par son contemporain Restif de la Bretonne dans Nuits de Paris ou par le portrait du Quartier latin dressé il y a tout juste un siècle par Georges Renault ou Gustave Le Rouge.

A ces deux ouvrages répondent en écho deux autres. D’une part, Métronome (Michel Lafon), dans lequel Lorent Deutsch, à partir de vingt stations de métro, raconte l’histoire de Paris depuis sa naissance non pas sur l’île de la Cité, comme on l’a longtemps cru, mais quelques kilomètres plus loin, où se trouve aujourd’hui Nanterre. Ce livre écrit dans un style direct, très agréable à lire, est le fruit de dix-huit années de marche dans la ville que le comédien féru d’histoire connaît par coeur.

L’autre livre est Paris. Quinze promenades sociologiques (Payot) de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. Les deux auteurs se sont baladés dans différents quartiers dont ils ont observé l’habitat et les habitants. Ils ont constaté leurs transformations récentes et leurs évolutions parfois profondes, offrant ainsi un portrait très juste et précis de la diversité et la richesse sociologiques de la capitale française.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…