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Que du bonheur !


Bien sûr les salopards continuaient à voler bas et désespéraient leurs salariés à France Télécom et ailleurs, bien sûr la grippe arrivait et les premiers petits morts s’égrenaient, bien sûr c’était la rentrée et les travailleurs comme les écoliers faisaient un peu la gueule. Pourtant les Français, peuple aussi dépressif que capable de joie, s’offrit une pause providentielle avant d’affronter les périls à venir.
D’abord, dans un rapport remis au Lider Minimo, le prix Nobel Joseph Stiglitz nous promettait de mesurer le Bonheur national brut et d’oublier un peu le sinistre PIB. La politique comme instrument de la recherche du bien-être, c’était bon de revenir à une idée révolutionnaire.
Ensuite, les Français se découvraient aimés de la fortune. Non seulement la crise était derrière nous comme le clamaient Les Echos, mais individuellement, de belles histoires donnaient de l’espoir à tous ceux qui tiraient encore le diable par la queue : des copains du sud se partageaient les 100 millions du loto européen, et une brave femme de Dieppe, Jeannine, morte sans héritier, avait dispersé ses 280.000 € d’économies à ses commerçants et chauffeurs de bus préférés.
Encore une bonne nouvelle, l’alcool ne tuait plus, il sauvait : ainsi ce jeune fêtard qui s’était endormi si profondément sur une voie de TGV que le train ne l’avait même pas réveillé en passant à toute vitesse ; il aurait bougé un cheveu, il aurait eu la tête coupée. Quant au ministre Borloo prétendument ivre à la sortie de l’Elysée, « l’histoire était tombée à l’eau » comme l’avait dit la directrice de la télé Arlette Chabot, dans un accès d’humour aussi inhabituel qu’involontaire.
Bref, on s’amusait bien en France tandis que la peste arrivait. Les Français rient souvent avant les catastrophes.
Enfin Giscard vint. Pas le retraité du pouvoir, le romancier. Dans une nouvelle bluette, il se rêvait puissant, amoureux, et veuf, situation en somme où la morale trouvait son compte. C’était l’histoire d’un Président qui avait une aventure torride avec une princesse héritière du royaume d’Angleterre. On était prié d’y reconnaître notre VGE et la Lady Di, tous deux ressuscités. C’était une revanche pour celui que le peuple se rappelait plus en vulgaire amant qu’en époux de la France depuis qu’un jour il s’était fait prendre, défait, à l’heure du laitier. Après avoir souffert jadis de l’Affaire des diamants, il se rattrapait en s’emparant de l’un des joyaux de la couronne d’Angleterre et en se parant des plumes de l’écrivain qu’il avait toujours rêvé d’être.
Car en France, tout ne se terminait pas en chanson comme un vain peuple le croyait, mais en roman de gare.
Jusqu’à mardi prochain.

Regardez la vidéo : Au revoir, Giscard !

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    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…