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Respire, disait la souris.


Il y a deux ou trois jours, j’ai eu une brette avec un voisin quand je lui proposais de participer à une réunion sur la mobilité et la sécurité. Il n’avait pas le temps d’y consacrer deux petites heures en utilisant le sempiternel argument : « Tu as le temps, toi. Tu n’as pas d’enfant[1] ». Effectivement, j’aurais même le temps d’aller aux funérailles de ses gamins, renversés par l’un ou l’autre chauffard dont il se plaint.

Choquant ?

Si la désaffectation des citoyens pour la chose publique ou le bien commun est manifeste, elle est d’autant plus préoccupante de la part de ceux qui ont choisi d’être parents. Laissez l’initiative à ceux qui célibataire, en couple, n’ont pas de progéniture, ceux auxquels l’on prête un égoïsme latent par l’absence ou leur refus de descendance n’est peut-être pas la meilleure idée. Pourquoi aurais-je envie de limiter mes plaisirs pour les mioches d’un autre.

Mais tu ne comprends pas. Nous n’avons simplement pas le temps. Nos enfants nous bouffent du temps. Il faut aller ici, là, les conduire. Il faut les occuper. Ce qui explique peut-être que seuls 30% de nos déplacements sont entre le domicile et le lieu de travail. Nous avons tellement de choses à faire. Et puis, il y a le travail. Il faut bien bosser pour les gâter. Il faut que nous pensions à leur avenir.

Justement, leur avenir.

Il est bien normal que nous désirions pour ceux qui nous suivent une meilleure situation. Nous voudrions qu’ils aient le c.. dans le beurre. Mais le c.. dans le beurre, cela soigne le froyon, pas les problèmes respiratoires liés aux polluants. Et avec le réchauffement, il y a de fortes chances que le beurre se liquéfie. Bien entendu, nous pouvons espérer que nos (petits-)enfants montent dans la dernière arche, mais au train où vont les choses, même l’oligarchie mondiale n’aura peut-être pas de place.

Pensons moins en biens et plus en liens. Mais pensons surtout à nous bouger.  Parce que si nous pouvons nous réfugier derrière l’inaction des autres, voire leur stupidité, leur vénalité, il n’en reste pas moins que le reflet dans la glace le matin est bien le nôtre.

D’ici quelques années,  on aura bouffé la feuille et tes petits enfants, ils n’auront plus qu’un œil en pleins milieu du front. Ils te demanderont pourquoi toi t’en as deux. Tu passeras pour un con. Ils te diront comment t’as pu laisser faire ça. T’auras beau te défendre, leurs expliquer tout bas, c’est pas ma faute à moi, c’est la faute aux anciens mais y aura plus personne pour te laver les mains. Tu leur raconteras l’époque où tu pouvais manger des fruits dans l’herbe, t’allonger dans les prés. Y avait des animaux partout dans la forêt. Au début du printemps, les oiseaux revenaient[2].

Bougeons donc. Et cela passe par la participation à des moments de réflexion,  à des actions de terrain. Mais aussi par une refonte de nos besoins, de leurs besoins. De notre manière d’éduquer. Et pour cela, il ne faut pas compter uniquement sur l’école, mais aussi sur nous, citoyens et surtout ceux qui sont aussi parents.

Cela suppose du changement…

Ha, j’oubliais… pour conclure, ne venez pas m’em… avec l’argument que vos enfants payeront ma pension. Mes impôts payent vos allocations. C’est un débat stérile. Nous sommes dans la même chaloupe et tout le monde doit ramer.

Denis MARION

Entrepreneur sans but lucratif.

 


[1] Que tous ceux qui m’ont sorti cet argument ces derniers mois ne se sentent pas visés… enfin pas tous… Certains d’entre vous avaient des arguments recevables. Ou alors, peut-être sont-ce les liens d’amitié….

[2] Extrait de Respire,  par Mickey 3D

 

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…