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© Musée Hergé

© Musée Hergé


Alain De Kuyssche, qui travaille au Musée Hergé à Louvain-la-Neuve, avait vivement réagi à mon article posté ici à l’occasion de la présentation à la presse du musée – lors de laquelle, pour rappel, il avait été interdit aux journalistes de prendre des photos, celles-ci étant par ailleurs distribuées ensuite par les bons soins des responsables de l’institution.

Gentiment, M. De Kuyssche m’a invité à visiter les lieux, avec mon fils, ce que nous fîmes à l’occasion du congé de Toussaint – non que j’étais prêt à donner à Hergé le bon Dieu sans confession ou à la prendre pour un saint !
Pour être franc, la scénographie et l’architecture du musée sont réussies – certains diront que c’est une tendance forte de ces dernières années, qui consistent à rendre les musées davantage intéressants par leur architecture que par leur contenu. On parcourt la vie d’Hergé et ses créations grâce à des originaux auxquels s’ajoutent quelques pièces ou artefacts, sans qu’il soit toujours facile de distinguer les originaux des (re)créations réalisées à l’instigation d’Hergé – pour son travail – ou de ses héritiers – pour le musée. Pour les amateurs et les amoureux de Hergé, de Tintin et des autres, une découverte intéressante, amusante et très bien orchestrée.

Ce qui m’intéressait avant tout, c’était le parcours politique de Hergé. Ses années d’avant-guerre durant lesquelles, pétri d’éducation catholique, idéologiquement à droite, perpétuant, consciemment ou non, les préjugés racistes et antisémites de sa classe, il dépeignait un Congo, une Amérique, une Russie caricaturaux et ridicules ; sa collaboration au Soir volé dans lequel il publiait L’étoile mystérieuse, dont certains ont subtilement relevé ce qui relève pour le moins d’un lapsus historiquement malheureux – il y a en effet quelque chose de terrible à décrire la menace que fait peser une «étoile mystérieuse» sur la terre au moment où les Nazis mettent en place les lois antijuives, l’étoile jaune et l’extermination.

On ne peut pas dire que cette question soit franchement abordée par le musée. A contrario, on trouve une intéressante page signée Hergé, de manière visible, dans laquelle le professeur Bellum – nom évocateur ! –, après avoir entendu l’annonce faite sur la radio belge, en 1939, appelant à la neutralité de chacun face aux belligérants français et allemands, vient apposer sur un mur le graffiti suivant : «Hitler est fou». Publié dans la presse, ceci lui vaudra quelques inimitiés sérieuses, semble-t-il ; mais pas de réelles représailles.
Isolée, cette pièce à décharge fait sans doute oublier aux visiteurs peu concernés par ces questions l’absence du reste : les vignettes litigieuses et antisémites de L’étoile mystérieuse – que Hergé aurait supprimées avant même la publication dans Le Soir –, les couvertures de livres réalisées pour la collection Rex… On insiste par contre beaucoup sur l’influence positive exercée sur Hergé par Tchang, dont on expose d’ailleurs, dans la partie temporaire du musée, des œuvres intéressantes, sculptures et peintures.

À en croire Alain De Kuyssche, le débat est ouvert. Il n’y a plus de tabou sur le passé de Hergé, et il est d’ailleurs juste de faire remarquer qu’il ne faut pas en faire le bouc émissaire d’une classe entière. Le débat concerne également des écrivains comme Simenon, Bauchau, Poulet et tant d’autres.

En quittant les lieux, rendez-vous fut pris pour un colloque – ou une rencontre scientifique – où ces questions seraient abordées en profondeur ; l’occasion est trop belle de profiter de l’installation du musée dans une ville universitaire. N’y a-t-il pas un beau défi à vouloir éclairer les zones d’ombres du père de la ligne claire ?

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