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Salut en de kost !


Monsieur Van Rompuy à l’Europe et la planète Belgique tourne fou. Mais la Belgique a-t-elle vraiment besoin d’un premier ministre ? Qui se rappelait il y a quelques mois de cet ancien ministre de Jean-Luc Dehaene ? On le disait triste, chafouin, sans charisme. A son départ du ministère du Budget, il n’y avait eu qu’un seul cri, surtout dans son propre camp : salut en de kost ! Or, maintenant, le monde nous l’envie. Le C.D.&V. se pend à ses basques. Même Yves Leterme réussit à ne pas faire à son sujet une de ces déclarations catastrophe dont il a le secret. C’est dire comme cet homme impressionne !

Vous vous dites que mon amertume est celle d’un francophone obligé de subir le joug de chefs flamands depuis près de quarante ans ? N’en croyez rien.

Les francophones qui se sont succédés à la tête de l’état, tous brièvement, n’ont laissé que des souvenirs calamiteux. Leburton, copain de Mobutu, n’a jamais pu faire avancer d’un pas le train d’une tripartite morte dès son intronisation. Et Paul Vanden Boeynants est passé à l’histoire comme l’image du politicien tricheur, arrangeur, magouilleur. Non, merci !
Mais les premiers ministres flamands ont-ils laissé de meilleurs souvenirs ?
Le chœur des pleureuses autour de notre futur ex-excellence ferait oublier que la cote de popularité de ses prédécesseurs avoisinait l’électrocardiogramme plat, signe de la mort clinique.
Maertens, symbole grisâtre de l’immobilisme politique à la belge, dont on ne savait comment se débarrasser. Le tonitruant Dehaene qui mettait dans la direction du gouvernement aussi peu de poésie que les joueurs de son équipe de football favorite. Et même Verhofstadt, ambulancier miracle il y deux ans d’une Belgique en train de sombrer, n’a pas réconcilié les électeurs avec son parti. Au contraire !
Alors, pourquoi le taiseux Van Rompuy échappe-t-il seul au désamour général ?
Peut-être parce qu’il est poète. On imagine mal Dehaene, Maertens, V.D.B. ou même Leterme écrire :
« Le pouvoir coule comme l’eau entre les mains soyeuses d’une jeune fille de bonne famille,
Avant de nourrir l’araignée mieux que les mouches coincées dans sa toile. »
L’habileté de Herman poète est de réussir à la fois :

  • à composer un texte qui peut être traduit dans toutes les langues européennes, même en français ;
  • à livrer une phrase incompréhensible même dans sa version originale ;
  • à laisser chaque lecteur faire son interprétation personnelle de la signification profonde que le haïku est censé dissimuler.

Cette façon de composer ressemble de façon troublante à la méthode si particulière des politiciens belges pour accoucher d’un compromis: on considère qu’ils ont réussi leur mission lorsqu’ils ont pondu des textes tellement incompréhensibles qu’ils font l’unanimité dans tous les partis. En veillant à laisser à chaque communauté la possibilité de faire du texte une interprétation exactement opposée à celle de l’autre. Bravo l’artiste !
Le byzantinisme des lois spéciales, le statut de B.H.V. et du régime des « facilités », le système de la « sonnette d’alarme », toute cette tuyauterie ne tient-elle pas davantage de la poésie que de la plomberie ? De la poésie hermétique et répétitive. Symbolique et surréaliste. Quelque part entre Verhaeren et Van Ostaiyen.
On se doute qu’en matière de poésie, il sera difficile de trouver un héritier à notre prince de l’haiku. Où dénicher un politicien au discours aussi hermétique aux flamands qu’aux francophones ? A l’humour aussi zen ?
Les numéros d’Yves Leterme s’apparentent davantage au comique type Laurel sans Hardy. Celui de Didier Reynders au rire grinçant à la Bernard Blier. Vanackere fait trop clown triste. Et Elio di Rupo ne fait rire personne.
Reste Bart De Wever. Les francophones sont toujours ébahis de découvrir que beaucoup de Flamands le considèrent comme l’homme « le plus malin » parce qu’il a réussi à (presque) gagner un jeu télévisé et qu’il a décroché un diplôme d’historien (même si l’histoire de la seconde guerre mondiale n’a pas laissé dans sa mémoire beaucoup de traces). Mais son humour cynique est définitivement intraduisible.

Alors ? Et si on se passait de premier ministre, qui s’en apercevrait ?

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    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…