Sous l’emprise de Karen Blixen
Karen et moi, Nathalie Skowronek, Arléa, 146 pages, 15 €
Voici avec retard – le livre est paru en septembre – un rapide écho sur un bref et dense texte particulièrement touchant et juste dans son écriture. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu La Ferme africaine, l’oeuvre la plus connue de Karen Blixen (devenue Out of Africa au cinéma), pour se laisser emporter par Karen et moi, le premier roman de Nathalie Skowronek. L’auteure belge d’origine polonaise s’y livre à d’incessants allers-retours entre la vie de la romancière danoise, qui s’installe au Kenya avec son mari, et celle de sa narratrice, l’une et l’autre en décalage permanent face au regard porté par leurs entourages.
Abandonnée par son mari, amoureuse d’un autre homme, Karen Blixen s’arrime désespérément à un pays qu’elle ne peut plus quitter, à un monde qui est devenu le sien. Mais qu’elle laissera pourtant, suite à l’incendie de sa brûlerie de café, s’isolant au nord du Danemark pour écrire son roman. Ce que Karen a osé faire, partir, l’autre héroïne du livre, sa narratrice, en a été empêchée. Par sa famille mais aussi par elle-même. Par son mariage, son travail, elle a mis en sommeil son moi profond, faisant comme si, donnant le change. Et c’est son travail sur celle qu’elle appelle son «double» qui va, peut-être, lui permettre d’enfin devenir ce qu’elle est vraiment. L’écriture tout en finesse, d’une saisissante pureté, rend admirablement compte des émois qui traversent ces deux femmes.
