Sur la route
Toute la poussière du monde, Jaime Martin et Wander Antunes, Dupuis/Aire Libre, 2010, 80 pages.
De temps en temps, vous tombe dans les mains une bande dessinée dont vous ne savez rien, dont vous ne connaissez pas les auteurs, et qui vous scotche du début à la fin. C’est le cas de Toute la poussière du chemin, un album signé Jaime Martin et Wander Antunes dont la seule «porte d’entrée» est la collection dans laquelle il est traduit, qui frise l’excellence, Aire Libre chez Dupuis.
Nous sommes aux Etats-Unis au plus fort de la crise économique et sociale, donc humaine, du début des années 1930. Jef, comme des milliers d’autres Américains, a perdu son emploi et sa maison et, en quête d’un avenir moins sombre, traverse le pays à pied sans autre bagage que sa casquette et sa veste. Son errance croise celle d’un jeune garçon qui, dans le wagon où ils voyagent cachés avec d’autres miséreux, lit des pages d’un livre de Jack London. Mais, foncièrement solitaire, Jef quitte le train et, après avoir rencontré dans une prison un Noir qui lui ouvre les yeux sur le racisme, la ségrégation et la violence faite aux siens dans ces Etats du Sud, il rencontre un homme malade qui lui demande de retrouver son fils. Qui n’est autre que l’admirateur de London. Désormais, sa route possède un but.
Cet album puissant, au trait dépouillé, dépeint avec une totale justesse dans le ton et dans l’émotion cette période tragique de l’histoire des Etats-Unis. Son héros côtoie la misère, la folie, la déchéance, le rejet, mais aussi une certaine forme d’humanité, de solidarité qui se heurte à une violence d’autant plus terrible qu’elle est foncièrement injuste et inégalitaire. Telle celle des policiers assurés de leur impunité face à des hommes qui n’ont que leurs poings pour se protéger, et encore s’ils ont encore la force de les lever. Ou celle faite aux passagers clandestins des trains par des mercenaires qui n’hésitent pas à tuer.
