Survivre au 11 septembre
Septembre en t’attendant, Alissa Torres et Sungyoon Choi, Casterman/Ecritures, 2009, 217 pages.
Les attentats du 11 septembre 2001 ont donné lieu a plusieurs bandes dessinées dont la plus célèbre est certainement celle d’Art Spiegelman, A l’ombre des Tours mortes (Casterman). A chaque fois, elles étaient signées par des auteurs présents à New York ce jour-là et témoins plus ou moins proches des événements. Septembre en t’attendant est très différent. Son inspiratrice et scénariste n’appartient pas du tout au monde de la BD mais a perdu son mari dans cette tragédie alors qu’elle était enceinte de plus de sept mois. C’est son expérience personnelle qu’elle a voulu raconter dans ce qui restera sans doute comme une date dans ce type d’ouvrages.
Alissa a rencontré Luis Eduardo Torres, Colombien travaillant à New York pour une compagnie de change, en août 1998. Ils s’installent ensemble, se marient, pensent acheter une maison et «mettent en route» un enfant. Mais Eddie est licencié et, après plusieurs mois d’incertitude fragilisant le couple, il finit par trouver un nouvel emploi dans une société ayant son siège dans l’une des deux tours du World Trade Center. Son premier jour de travail est le… 10 septembre. Le lendemain, il se jette par la fenêtre, ce qui permettra aux policiers d’identifier son corps.
Alissa Torres raconte sa stupeur, l’espoir infime de retrouver son mari dans l’un des hôpitaux de la ville, sa douleur, ainsi que les réactions de ses proches prêts à l’aider – mais comment? Sans emploi et bientôt mère de famille, elle doit principalement mener deux combats, l’un contre l’employeur d’Eddie qui, ne trouvant nulle trace de celui-ci dans ses dossiers, refuse dans un premier temps d’indemniser sa veuve, l’autre contre la Croix Rouge et d’autres organismes gouvernementaux afin d’obtenir l’aide financière à laquelle elle a droit – ce qui provoque de violentes réactions de la part de «patriotes» et «citoyens en règles» furieux que l’argent de leurs impôts servent à «assister ces gens-là». Il lui faut également faire face aux psychologues improvisés, aux associations d’aides aux mères veuves ou aux femmes dans la détresse, ainsi qu’aux demandes (de la presse notamment) de témoignages et à l’invitation à diverses soirées commémoratrices.
Son récit traverse sa première année sans Eddie, au cours de laquelle elle se souvient de ce qu’il lui a raconté à propose de son enfance, de son arrivée aux Etats-Unis et de ses premiers boulots. Ce n’est que sept ans plus tard, qu’elle aura la force de «regarder en arrière» et de mettre en mots ce qu’elle a vécu. Le résultat est cet admirable roman graphique mis en images par Sungyoon Choi, notamment illustrateur au New York Times.
