Mouvement de foule

Ça bougeait. Dans le parti majoritaire, on commençait à broncher à l’approche des « échéances » comme on disait pour figurer ce moment où les citoyens pouvaient se croire du pouvoir avec un petit bout de papier plié dans une enveloppe décachetée jetée dans une urne scellée. C’est que la fameuse « machine à perdre » était relancée grâce à la « haine », le mot avait été prononcé, que se vouaient désormais le petit roi et l’échalas argenté ancien (et peut-être futur) prétendant au trône.
On en faisait des gorges chaudes. C’était devenu une fable. Guillon, le chroniqueur en pointe (acérée) du moment, avait versé du vitriol sur France Inter où il sévissait, comparant Sarkozy à Al Pacino en plus agité des épaules, et croquant Villepin en vieux beau de la Croisière s’amuse. (Lire la suite…)

L’air du soupçon

Le problème était le même pour les deux frères ennemis. On ne pouvait pas prouver qu’on n’avait pas fait quelque chose. Villepin ne pouvait pas prouver qu’il n’était intervenu d’aucune façon, ni active ni passive, dans le dossier Clearstream pour accrocher une casserole à Sarkozy. De même aujourd’hui, le Château ne pouvait pas prouver qu’il n’avait pas demandé au Parquet d’interjeter appel pour renvoyer Villepin devant ses juges et ainsi l’amener exsangue à la présidentielle suivante, au cas où il voudrait toujours se présenter… On avait d’abord comme d’habitude envoyé un second couteau, Lefebvre en l’espèce, pour jurer ses grands dieux de la non-intervention de l’Elysée. L’effet du faux-jeton fut si désastreux que tout le monde dut s’y coller, jusqu’à la Garde des Sceaux qui, à son tour, mit son crédit dans la balance.

Mais tel était la limite du pouvoir du Lider Minimo : il faisait si peur à ses amis – alors que ses ennemis ne le craignaient plus tant – que leur parole était toujours entachée. N’avait–on pas vu récemment ministres et barons défendre l’indéfendable, l’accession du jeune prince Jean à un illégitime fauteuil de la Défense ? (Lire la suite…)

On nous cache tout

Quelle bonne idée a eu Jacques Dutronc de remonter en scène avec les bijoux que lui avait ciselés jadis Jacques Lanzmann ! Indémodables ! Reprenez donc en chœur « On nous cache tout, on ne nous dit rien » et c’est l’actualité de la semaine qui défile et passe à la moulinette. Le réchauffement climatique, par exemple. Avec l’acquittement de Villepin, c’est sûr que la planète va encore gagner quelques degrés. Entre le président Sarkozy et l’ex mentor de Chirac, le thermomètre risque même d’exploser.
Nicolas Sarkozy l’avait pourtant annoncé dans son interview télévisé de septembre dernier : les « coupables » de l’affaire Clearstream seront traînés devant le tribunal correctionnel. Le spectre de la peine de mort n’était pas loin. Résultat, patatras ! Les coupables du président sont les innocents des magistrats. (Lire la suite…)

Vite, avant que tout cela se vérifie !

Ou pas ! Car je ne compte nullement profiter de ce début d’année pour m’ériger en devin. Il me semble néanmoins que, la période aidant (qui favorise sans doute une certaine léthargie de l’esprit, et ainsi entraîne celui-ci dans de coupables facilités), il n’est pas incongru de s’interroger un peu sur l’avenir proche. Je suis prêt à ce que l’on m’oppose un bilan tout différent en fin d’exercice, tout en précisant qu’il ne s’agit pas ici de dire mes préférences, qui sont parfois toutes autres. (Lire la suite…)

Bêtises pour le dessert

Les fins d’années sont redoutables. Qu’aurait-on dû faire et qu’on n’a pas fait ? Que fallait-il faire dans l’avenir immédiat, cette nouvelle année qui était à nos portes ? Que des questions angoissantes et une plaie supplémentaire pour les accompagner : les bêtisiers.
C’était devenu le passage obligé d’un millésime à un autre : on rediffusait, republiait ad nauseam toutes nos bêtises passées, ce qui en disait long sur l’état du goût et de la dépression ambiants.
D’où venait cette perversion ? D’autant qu’il fallait leur en rendre hommage, les gouvernants actuels du Beau pays fournissaient de bévues, de fautes, de lapsus, et d’erreurs de quoi largement remplir en une semaine une heure de télévision ou une page de journal, bref un bêtisier digne de ce nom.
Fallait-il remonter très loin pour se lamenter du lamentable débat interne à l’UMP où l’ancien Garde Clément avait été assez sot ou/et odieux pour provoquer par ses paroles le départ de Nora Berra, Secrétaire d’Etat aux Aînés dont, pour être honnête, on entendait parler pour la première fois. Le sujet ? Les minarets, vous dis-je !
Fallait-il remonter aux calendes pour entendre cette pertinente proposition révolutionnaire : et si on rebaptisait la région Paca, « Provence » ? Et dire qu’on avait payé un collège d’experts pour trouver ce que les habitants du sud-est savent depuis toujours ? (Lire la suite…)

Climats

Clipboard 15Que serait la vie d’un pays sans météorologie ? Que serait la vie d’une chronique sans coups de chaud et coups de froid ? Que serait la politique sans le vent, le vent qu’on prend, le vent qui tourne, le vent qui vous rend girouette, le vent qu’il faut sentir tourner, le vent qu’on rêve d’avoir en poupe dans les sondages, que serait le pouvoir sans avoir à lutter contre vents et marées ?
Il y eut le sommet de Copenhague dont le but était un accord pour empêcher la terre de prendre deux degrés de plus. A peine réunis, les grands et les petits de ce monde obtinrent -20°C à Strasbourg et un énorme blizzard sur Washington. La température était bien montée en flèche dans les rues où les manifestants voulaient faire plus et mieux pour sauver la planète. La police danoise leur administra sans état d’âme une sérieuse douche froide. (Lire la suite…)

Sur la censure

Mgr LéonardLe 9 décembre, De Standaard a publié un article d’opinion écrit par Nicolas Sarkozy, président français, et publié antérieurement dans Le Monde. Le titre original était : « Respecter ceux qui arrivent, respecter ceux qui accueillent ». Dans le Standaard, le titre est devenu «  Changer pour rester nous-mêmes », ce qui est quand même totalement différent et ne correspond pas au contenu de l’article. On aurait pu par exemple y accoler un titre clair et plus correct : « Respect réciproque ».

En bas de page, on peut lire : « Cet article d’opinion a été préalablement publié dans Le Monde ». Cela donne l’impression que l’article a été repris in extenso, d’autant plus qu’il n’est fait mention nulle part de citations ou extraits. Erreur. (Lire la suite…)

Génération pov’con

Etait-ce l’approche des fêtes, était-ce le froid qui faisait ressortir les visages de la misère contre laquelle, malgré les promesses, on faisait si peu ? Il fallait rire, les Français voulaient de la légèreté, du guignol, se payer un petit jeu de massacre sans conséquence (sans faire couler le sang, on était pas des Italiens, quand même !).
Ce qui en donna l’occasion ? Un pov’ clip de vieux c’est à dire de faux jeunes ringards et bien pensants de l’UMP, mal mixé, mal réalisé, bidon, bizarre, pas méchant, pire, dégoulinant dont personne n’aurait entendu parler si des ministres en poste n’en avaient été les héros très consentants, très cons, s’entend.
On les y voyait mimer la chanson « Tout ceux qui veulent changer le monde » d’après Plamondon, dans une chorégraphie pitoyable : Darcos qu’on croyait responsable, Rama Yade qu’on croyait rebelle et maline, Lagarde qu’on croyait professionnelle, Woerth qu’on créditait d’un avenir, et quelques autres y figuraient. Tout le monde en parla, tout le monde commenta, tout le monde se gaussa. (Lire la suite…)

Reste dehors, Albert Camus…

Albert CamusLorsque Meursault, le héros de L’étranger de Camus, arrive à l’hospice où sa mère est morte, le directeur lui apprend que, conformément à un désir que la vieille femme aurait exprimé peu avant son décès, il y aura une cérémonie religieuse. Meursault ne dit rien, bien qu’il sache que sa mère n’avait jamais éprouvé de sentiment religieux. Et s’il ne s’oppose pas à cette décision, c’est parce que sa mère est morte. Son attitude sera toute différente lorsque, en prison, l’aumônier voudra lui faire admettre qu’il croit en Dieu et qu’il espère une autre vie. Là, pour la première fois, Meursault se fâche et s’en prend violemment à cet homme qui veut le ramener dans le giron de la foi. (Lire la suite…)

Un rêve (et aussi un cauchemar)

DCB, mai 68La perspective d’un second tour à la présidentielle de 2012 entre Nicolas Sarkozy et Daniel Cohn Bendit a de quoi faire saliver.

Il est vrai qu’on pourrait y voir la preuve définitive que la génération des leaders de mai 68, non contente d’occuper en permanence l’espace médiatique depuis lors, aurait véritablement renoncé à ses fulgurances de l’époque et endossé, comme les autres, ce qu’elle exécrait alors avec tant de virulence (pour faire court, assurer sa présence dans les Conseils d’Administration plutôt que dans les Conseils ouvriers). (Lire la suite…)

TOCs d’Egotiques ou Tics d’EgoTOCs

Il y a des chroniques qui traînent dans les tiroirs. La fausse bonne idée de départ. Une petite anecdote qui doit déboucher sur quelques paragraphes pertinents, mais qui n’acceptent pas de se laisser écrire. Puis, un nouveau fait, une nouvelle déclaration redonne de la raison à l’ensemble. Ainsi, des journalistes français s’entretenant de la nomination d’Herman Van Rompuy comme celle d’un « clown » a relancé l’écriture de cette chronique-ci.
Philippe Lançon dans Charlie Hebdo rapportait que Alain Finkielkraut s’indignait de ce rire imbécile que certains avaient eu à l’égard de la taille de SON président. Il parlait du reportage de la RTBF sur la sélection de la « claque » lors des visites de l’EMPEREUR : petite taille exigée. Aime-t-il, vénère-t-il à ce point l’omni-président pour ne pas voir la manipulation ?
Quand il s’agissait de nommer[1] le FILS à la tête d’un gros machin, aucun député de la majorité, encore moins aucun ministre n’a osé la moindre critique. Peur du licenciement ? (Lire la suite…)

Va y avoir du sport !

Le premier ministre, pilote pourtant reconnu, avait fait une sortie de route en circuit fermé au volant d’un engin trop rapide pour lui, mais c’était le président qui était rentré dans le Mur de la honte : joggeur toujours trop pressé, il avait laissé publier sur Facebook pour ses « amis » – de moins en moins nombreux si on en croyait les sondages – une photo où il prétendait avoir fait le pic-vert (discipline qui consistait à tenter de percer des trous à l’aide d’un marteau mais sans faucille) le 9 novembre 1989, soit le soir même où Berlin-est avait été libéré. Quelle prescience extraordinaire ! Le seul hic était que selon certains témoins dont le photographe lui-même, il n’y avait été vu que le lendemain au mieux. Il y avait des mémoires qui flanchaient et d’autres qui frimaient. (Lire la suite…)

Agenda ouvert

La dernière (mais non la moindre) ruade de Sarkozy jette la lumière la plus crue sur la réelle dimension du personnage – en insistant plus que de raison sur son intuition historique, il ne parvient à mettre en avant que son caractère d’histrion – et, plus sérieusement, sur le traitement dont il fait l’objet, notamment dans la presse.
Il a donc affirmé, sur sa page Facebook, avoir été présent, dans la nuit du 9 novembre 1989, et avoir participé à l’ouverture du Mur (en y apportant le coup décisif, qui sait ?) : (Lire la suite…)

L’identité nationale selon Sarkozy

Le procédé n’est pas nouveau. Durant la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait largement et efficacement instrumentalisé le concept d’identité nationale à la fois pour attirer les voix du Front National et pour embarrasser une gauche divisée sur la question. Le futur président avait alors annoncé la création d’un ministère de l’identité nationale et de l’immigration. Car il s’agit bien pour la droite sarkozienne, comme pour l’extrême-droite, d’opposer les deux termes. Et aujourd’hui, c’est donc Eric Besson, le transfuge socialiste qui est le titulaire de ce ministère. C’est donc lui qui a annoncé la relance du débat sur l’identité nationale. (Lire la suite…)

Le prince et le dindon

« I do not want a victory stained by doubt », Sarkozy said. Quel haut fait méritait que le président se trouve à la Une du New York Times électronique ? Il fallait lire plus avant pour se rendre compte que le Sarkozy cité par le prestigieux journal était Jean Sarkozy. Dans la dynastie de la Première famille, ils avaient trouvé le fils plus intéressant que le père. Ils ne se trompaient pas.
Ramené à la raison par les conseillers du Château, la sollicitation de son père et surtout son propre raisonnement et son propre quant à soi, Jean Sarkozy, sorte de Lucky Luke encore pied-tendre, prince Jean pour les non intimes, avait renoncé à briguer la charge de président de la Défense lors d’une déclaration surprise à la télévision. (Lire la suite…)

Sarkozy : l’activisme, les privilèges et les inégalités

« La conversation nationale commence à nous échapper un peu », la jolie phrase est de l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Vous vous souvenez, celui qui avait opposé « La France d’en haut » à la « La France d’en bas », sans en tirer vraiment les conséquences d’ailleurs. Mais donc, dit Raffarin « la conversation nationale commence à nous échapper un peu » : traduisez Nicolas Sarkozy qui depuis le début de son mandat a imposé à marches forcés son propre agenda politique est en train de perdre la main. En tous cas, la superbe de son hyperactivisme qui lui tient lieu de ligne politique prend des coups. (Lire la suite…)

Le meilleur ami de l’Homme

CalimeroFrançois Fillon est vraiment le meilleur ami de l’Homme. S’indignant de ce que M. de Villepin osât s’indigner que son Maître et Président eût parlé de lui comme «coupable» et non comme «accusé présumé innocent», le Premier Ministre de Nicoland et Sarkozie a répondu : «dans cette affaire, il y a une victime principale, le président de la République. Et on ne doit pas transformer les victimes en coupables.»
Il a tout à fait raison. Toute la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy a surfé sur la vague de la victimisation. Ce n’était plus Sarko, c’était Caliméro. Trop injuste…

Parce qu’aujourd’hui, comme le rappellent à merveille Caroline Eliacheff et Daniel Soulez-Larivière dans leur essai Le temps des victimes, il y a deux manières pour faire parler de soi : être sportif ou être victime. Nicolas Sarkozy est sans doute le premier à avoir réussi cette remarquable synthèse : il a fait de l’auto-victimisation un sport de haut niveau, et il a décoché la médaille d’or. Personne ne l’aime, c’est pour ça que les Français l’adorent. Tout le monde veut sa perte, grâce à quoi il triomphe.
(Lire la suite…)

Clearstream : une image

L’image de la semaine n’est pas celle que vous croyiez : non ce n’est pas la course médiatique à la Justine ! Encore que cette image-là n’était pas sans signification sur l’état des priorités de l’information. Mais donc l’image de la semaine est celle d’un homme en colère. Colère feinte ou réelle ? Allez-savoir ! C’est en tous cas une image recherchée, fabriquée, mise en scène jusque dans les derniers détails malgré le désordre ambiant qui régnait en début de semaine dans les couloirs du Palais de Justice de Paris pour l’ouverture du procès Clearstream, cette sombre affaire de listes trafiquées de comptes bancaires à l’étranger. Cette image, donc : la crinière flamboyante, entouré de femme et enfants, l’ancien premier ministre et principal inculpé lançait telle une gasconnade son défi guerrier. « Je suis ici par l’acharnement d’un homme, Nicolas Sarkozy et j’en sortirai libre et blanchi par le peuple français » s’écriait Dominique de Villepin. (Lire la suite…)

La politique, les noms et les mots

Pour cette dernière chronique de la saison, je reviens, en guise de méditation estivale, à ce qui traverse cet exercice hebdomadaire d’une manière quasi obsessionnelle : à savoir la politique, les mots et les symboles. L’actualité, ici en France le suggère, mais cela vaut pour tous. Dans le brouillage des pistes qui caractérise cette période de crises, l’imposture des mots est essentielle. Voyez la question de  réélection de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Obligé de présenter un programme pour espérer sa réélection, Barroso affirme qu’il veut placer au cœur  d’un éventuel nouveau mandat « une économie sociale de marché » faite « de régulation financière accrue, d’environnement, de développement industriel et agricole ». Bref tout ce que lui-même et les gouvernements de l’Union européenne n’ont pas fait durant son premier mandat. Tout cela, nous dit-on, sous la pression  du président français et de la chancelière allemande dont la politique nationale n’a pas plus été inspirée par ses principes. (Lire la suite…)