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Titres bizarres et noms à retenir


L’Espagnol Alberto Torres-Blandina et l’Américain Brock Clarke se préparent un avenir littéraire radieux. Leurs premiers romans respectifs, Le Japon n’existe pas et Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle-Angleterre sont tout à fait savoureux.

torres-blandinaQue dissimule le titre du roman de Torres-Blandina, Le Japon n’existe pas? Sans exagérer: une merveille. Le narrateur est balayeur dans un aéroport international à six mois de la retraite. Aux autres employés de ce lieu de transit, mais surtout aux passagers, dont certains sont des habitués, il raconte des histoires vécues, arrivées à ses connaissances ou entendues, qui sont autant de prétextes à des réflexions sur la condition humaine. Une fille retrouvée amnésique et sans identité après un atterrissage lors duquel elle s’était retranchée dans les toilettes de l’avion, une romance avortée entre un serveur et une serveuse qui s’aiment sous une autre identité, un vrai-faux poète finlandais retrouvé mort sur un siège de la salle d’attente de l’aéroport, un mystérieux Club des Désirs impossibles, etc. Quant au Japon du titre, il n’est, pour le héros particulièrement sympathique, Don Salvador, qu’«une façade», «une opération de marketing». Et il explique pourquoi. Un vrai bonheur d’intelligence et de finesse humoristique.

Guide de l'incendiaire des maisons d'écrivainsAutre titre désarmant, ce Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle Angleterre, premier ouvrage publié en français d’un auteur de deux recueils de nouvelles. La Nouvelle Angleterre, qui regroupe six Etats du Nord-Est des Etats-Unis, est le berceau historique mais aussi littéraire du pays. A sa sortie de prison, où il a passé dix ans pour avoir accidentellement mis le feu à la maison d’Emily Dickinson, provoquant la mort du gardien et de sa femme, le narrateur reçoit un abondant courrier lui demande de récidiver avec d’autres demeures d’écrivains. Il refuse, mais décide de rendre visite à ces incendiaires par procuration. Et découvre bientôt que certaines de ces maisons sont bel et bien incendiées sans qu’il n’y soit pour rien. Ce roman vif, intelligent, plein de drôlerie, regorgeant de situations incongrues, de dialogues cocasses, tourne autour d’un secret de famille– la disparition inexpliquée pendant trois ans du père du narrateur lorsqu’il était enfant –  tout en multipliant les personnages bizarres, tel un écrivain en résidence ou des financiers véreux rencontrés par le héros en prison, qui écrivent de faux mémoires avant de soudainement réapparaître. Et son auteur donne un portrait contrasté d’un région mi-urbaine, mi-rurale.

Alberto Torres-Blandina, Le Japon n’existe pas, Métailié, 159 pages, 17 €

Brock Clarke, Guide de l’incendiaire…, Albin Michel, 429 pages, 22 €

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…