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Ton (pas) terrible cortège


Comment rebondir ?
C’était la question cardinale depuis qu’au lieu de gouverner, il ne s’agissait plus que d’occuper le terrain.
Il fallait donc créer l’événement, sans relâche, étourdir le peuple d’initiatives qui ne mangeaient pas de pain, d’idées qui n’engageaient en rien, il fallait balancer des mots-choc, comme on faisait des titres de journaux pour tenir le lecteur en haleine. La France était dirigée comme un magazine people.
Il est vrai que les peuples ont horreur du vide. Maintenant qu’il n’y avait plus de jeux du cirque, il fallait du politique, et du médiatique tous les jours.
Mais comment remplir ce tonneau des Danaïdes effrayant qu’était un quinquennat ? Le chef de l’Etat se dépensait pourtant, un jour sur la sécurité, un jour au Brésil pour un rendez-vous raté, le lendemain retour en France pour mettre son parti en ordre de bataille, bref tout sauf un « roi fainéant » pour reprendre le mot cruel dont le Régnant avait affublé sans le nommer son prédécesseur. Il donnait de sa personne (à la France) mais cela ne suffisait pas : il fallait quelque chose de durable, de monumental, de grandiose qui vienne enfin taire les roquets de la critique qui n’hésitaient plus désormais à souligner son agitation, sa superficialité, voire son inculture.
Qu’avaient fait les rois avant lui pour marquer les esprits ? De grands travaux, une pyramide, un musée des Arts premiers… Lui, rien.
On s’avisa alors qu’un conseiller du président, remercié depuis, avait laissé pour tout héritage une idée : et si on faisait rentrer à notre tour un grand homme au Panthéon (qui pourtant en débordait déjà) ? Et voilà qu’on se prenait à rêver à l’Elysée des envolées magnifiques du « génial ami », Malraux, qui avait fait se lever pour des cendres le peuple de France. En ce temps-là, savez-vous, personne n’aurait lancé un débat sur l’identité nationale, il suffisait de respirer le fabuleux « entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège » pour que les Français se sentent français, c’est à dire universels.
Quelqu’un s’avisa alors qu’il reviendrait au ministre de la Culture de se charger de l’hommage sur la Place des grands hommes. On entendait déjà les accents nasillards du lyrisme en toc du PAF où la moindre phrase avec sujet verbe et plus d’un complément passe pour de l’art oratoire. Frédéric Mitterrand avait embaumé en son temps pour la télévision têtes couronnées et destins tragiques, et fait vibrer les ménagères, mais le Panthéon c’était autre chose. On risquait de passer des « Noyers de l’Altenburg » au noyé du Luxembourg.
Et pour y enterrer qui, d’abord ? C’était la dernière des préoccupations. La nation n’était pas avare de grands hommes, il suffisait qu’ils n’aient pas dit ou écrit de mal du prince régnant. Il fallait donc qu’il fût mort, en gros avant les années 70 pour être sûr. Au point de vue du niveau, « pas de souci » comme on disait aujourd’hui alors qu’il y en avait tant, n’importe qui serait au dessus de Bigard qu’on avait entrainé chez le pape ou autre comique dont le président était friand. Intello si possible, de gauche – le débauchage d’un mort manquait à l’escouade des Kouchner et Besson -, voyons, eh bien, il y a au choix Camus ou Gérard Philipe, monsieur le Président. Difficile, ils se ressemblaient… Philipe, communiste, vous croyez ? Bon, et puis il valait mieux après tout quelqu’un qui écrive ses textes lui même. Va pour Camus, alors ! Au moins, Sartre n’était plus là pour nous emmerder et gâcher la fête. Et puis Camus était d’actualité : n’était-ce pas lui qui avait écrit « La Peste porcine » ? Ah bon, « La Peste » tout court ? Vous croyez ? En tout cas, il avait écrit « l’Etranger », ça il en était sûr, et on trouverait bien là dedans – « un livre que j’ai lu », assura-t-il – quelque phrase édifiante.
Mais tout cela n’était pas bien grave puisque « la pompe des enterrements funèbres intéresse plus la vanité des vivants que la mémoire des morts. » Ah oui ? et c’est de qui, ça ? C’est pas mal, on pourrait l’utiliser.
- La Rochefoucauld. Et c’est libre de droits, monsieur le Président.
Jusqu’à mardi prochain.

Réagissez

    • Il faut

      Rien ne dit que le sémillant Wade, qui brigue un troisième mandat présidentiel alors que la Constitution du pays ne l’autorise à en accomplir que deux, ne postulera pas, le moment venu, pour un quatrième. Il ne faut pas décourager les vocations, fût-ce à 85 ans (déclarés) comme lui ; d’ailleurs, il y a trop de jeunes au Sénégal…

    • Est-il politiquement correct de se dire que

      des gens à la rue par ce froid n’est pas acceptable. Maggie ne joue pas les enchanteresses. Peter refuse que les bus de l’armée servent aux transports, concurrence avec de Lijn oblige. Et les bien-pensants estiment que « les bobos gauchos » … doivent prendre « en charge, chez eux et à leurs frais, quelques réfugiés économiques ». Triste pays, tristes sires. Personnellement, je préférerais que mes impôts leur servent à quelque chose, plutôt qu’à financer les intérêts notionnels et particuliers de certaines entreprises.

    • Il faut

      Si, comme il l’a confié en Guyane, Nicolas Sarkozy envisage « la fin de sa carrière », et ainsi sa défaite à la Présidentielle de 2012, il sera facile de deviner ce qu’il dirait lors de ses adieux : à savoir que ce n’est pas sa faute si les français sont si allergiques aux réformes – bref, qu’ils ne le méritaient pas ! Et de conclure : « Je vous quitte, car maintenant, il faut que je me fasse de l’argent… »