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Too bad, it’s quite Houelle


Quand on agit à retardement, on fait mieux de ne pas être en contradiction trop visible avec ses actes antérieurs.

C’est ce que n’a pas réussi l’auteur d’un article publié dans Libération le 13 octobre (voir lien). Quand Houellebecq flingue Picasso rend compte des (justes) réticences de Michel Crépu, écrivain et rédacteur en chef de la Revue des Deux Mondes, à propos du jugement porté par Michel Houellebecq sur l’œuvre de Pablo Picasso, dans son dernier livre, La carte et le territoire. Et, en effet, il y a de quoi s’offusquer devant la teneur de ces lignes : « Le portrait de Dora Maar par Picasso, qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Picasso c’est laid, il peint un monde hideusement déformé parce que son âme est hideuse, et c’est tout ce qu’on peut trouver à dire à Picasso, il n’y a aucune raison de favoriser davantage l’exhibition de ses toiles, il n’a rien à apporter, il n’y a chez lui aucune lumière, aucune innovation dans l’organisation des couleurs ou des formes, enfin il n’y a chez Picasso absolument rien qui mérite d’être signalé, juste une stupidité extrême et un barbouillage priapique qui peut séduire certaines sexagénaires au compte en banque élevé ». Comme est toute aussi élevée, ainsi qu’on l’observe, la hauteur olympienne (ou la profondeur abyssale, à cette échelle c’est exactement pareil) des scories de « l’auteur de Plateforme » (comme Houellebecq se qualifie lui-même dans le roman). Aucun doute, elles sont signées et bien dans le style (?) du personnage : it’s quite him… Et même un Philippe Sollers, thuriféraire de l’insolite insolent (comme il l’était auparavant d’un Debord, par exemple), s’insurge, allant jusqu’à assurer que, pour le coup, il « ne croit pas à une plaisanterie ».

Il n’y a rien à redire sur l’entreprise de Crépu, qui remet les choses en perspective : «Ce qui heurte notre dignité d’amateur de peinture, c’est la vulgarité paisible qui émane du propos. Le congé donné depuis longtemps à tout courage dans l’expression du jugement esthétique. Il y avait là vache sacrée des Modernes et il convenait donc d’y aller du crachat. Voir dans Picasso un tenant lieu du Moderne bon pour la casse a quelque chose de misérable dans le renoncement à l’épreuve du regard ». Fort bien. Crépu déclare, dans le corps de son texte, avoir entendu les audacieuses (pour faire reculer les limites de la nullité) paroles de Houellebecq dans une émission de radio (Répliques) d’Alain Finkielkraut. Mais, en même temps, il convient avoir émis une critique favorable au livre du très probable futur Prix Goncourt, dès septembre, dans une autre émission de radio (Le Masque et la Plume, sur France Inter), alors même que les vues étriquées de Houellebecq étaient déjà reproduites à l’identique dans le «roman». A l’époque, par conséquent, Michel Crépu, peut-être entraîné dans le maelstrom de la déferlante médiatique de la « rentrée-littéraire-réduite-à-un-seul-livre », ne s’était pas récrié devant le jugement sacrilège (et très proche, dans les termes sinon dans la tonalité, de ce que les nazis éructaient à propos de « l’art dégénéré » lors d’une célèbre exposition à Munich en 1937) sur le créateur de Guernica. Too bad…

Bizarrement, tentant de combler son retard à l’allumage (et de justifier sa tardive explosion d’indignation), Crépu met le doigt sur une véritable plaie de l’époque. Il prononce avec une grande insistance le mot qui paraît résumer au mieux l’esprit (ou son absence) de l’époque. En une cinquantaine de lignes faisant un sort à Houellebecq, il cite en effet trois fois le mot hypnose, en plus de citer cinq fois sa qualité d’hypnotiseur – et de faire référence à deux reprises, s’agissant de lui, au joueur de flûte d’Hamelin, ce personnage moyenâgeux qui, par vengeance, a entraîné les enfants de cette ville dans son sillage, jusqu’à une grotte qui s’est refermée sur eux.

Ce qui prouve deux choses : dans le cas d’un Houellebecq, un seul article critique en dit toujours plus long et est toujours porteur de plus larges développements que toutes les louanges réunies. Ensuite, c’est toujours dans le contretemps que se révèlent les contradictions les plus flagrantes. Pour, de notre côté, les utiliser à plein…

http://www.liberation.fr/culture/01012296132-quand-houellebecq-flingue-picasso

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    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…