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Tranchez-lui la tête!


Alice au Pays des Merveilles, de Tim Burton

Je me souviens encore du temps où, durant mon adolescence, je considérais Tim Burton comme mon réalisateur préféré. Je chérissais (et chéris toujours) ses films espiègles et fantasques : Beetlejuice, les deux Batman avec Michael Keaton, Mars Attacks !, Sleepy Hollow, mais surtout ses deux chefs-d’œuvre, Edward aux Mains d’Argent et Ed Wood. C’était les années 90. Depuis, les choses ont bien changé. Hormis le beau Big Fish, les années 2000 de Tim Burton étaient tout sauf passionnantes. Le remake inutile et grotesque de La Planète des Singes était déjà un signe inquiétant de perte d’inspiration. Puis, il y eut l’adaptation de Charlie et la Chocolaterie de Roald Dahl et le film d’animation Les Noces Funèbres, regardables mais déjà oubliés. Quant à Sweeney Todd, comédie musicale et sanglante, elle m’est encore restée au travers de la gorge. J’avais retrouvé espoir avec les premières images d’Alice aux Pays des Merveilles. Non pas que le projet m’emballait, loin de là ! mais la promo avait bien fait son boulot. Est venue ensuite cette bande-annonce bizarre qui avait pour héros non pas Alice mais le Chapelier Fou (le fidèle Johnny Depp). Puis sont arrivés les premiers échos critiques, catastrophiques, de pair avec un avis unanime sur l’inutilité de la 3D…

Lors de la vision (en 2D donc), le peu d’espoir qui me restait a vite été anéanti. Après un début sympathique, Alice tombe dans le terrier, tandis que le spectateur tombe dans un puits d’ennui. En attendant que ça se termine, on se demande ce qu’il y a de plus triste : que cette nouvelle version d’Alice au Pays des Merveilles soit bousillée par un scénario proprement désastreux, ou tout simplement que Tim Burton n’ait plus rien à dire, plus rien à raconter. Pas de doute, c’est à ce jour son film le plus inintéressant. En tant que cinéaste, c’est assez douloureux de le voir s’enfermer dans sa propre caricature, de le voir réaliser tel un bon ouvrier des œuvres aussi désincarnées pour Disney. L’oncle Walt aurait d’ailleurs quelques sueurs froides en voyant cette nouvelle Alice, bien trop niaise pour les adultes et trop effrayante pour les enfants (on y voit de grosses bestioles qui hurlent et qui bavent). Le ratage est d’autant plus dommage que, visuellement, le film ne manque pas d’idées ni de prouesses techniques. C’est aux pixels que l’on doit les éléments les plus sympathiques du film : les petits animaux. Le Chat du Cheshire, la chenille fumeuse, le lapin blanc. Et un chien, aussi. Et des grenouilles. On se raccroche à ce qu’on peut ! Quant à Johnny Depp, il fait son boulot, mais sachez que vers la fin il enfonce le clou du ridicule avec une scène de danse ô combien embarrassante (la tecktonik, vous connaissez ?). Ce triste spectacle se clôture sous les beuglements d’Avril Lavigne lors du générique de fin… La sortie, vite.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…