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Tremblement et stupeurs


On aurait pu compter pour rien le reste de l’actualité, pour une fois. Les grands séismes n’ont que cette vertu : saisir à la fois les peuples et les beaux esprits d’effroi et de réflexion. Pour Voltaire, Lisbonne et ses 40.000 morts fut l’occasion d’une grande interrogation sur la Providence. Haïti et ses innombrables misères, ses images effroyables, provoquait la compassion humaine qui, pour un moment, faisait tenir pour rien nos petites misères. Ainsi le Beau Pays voulait-il oublier le dérisoire et s’en tenir pour une fois à l’essentiel : aider, réfléchir. Même le président n’en avait pas encore trop fait.
Bref, chacun était à sa place. Sauf un. Vincent Peillon : il fallait bien se rappeler ce nom, il rentrerait bientôt dans l’oubli. Car il se rendit coupable d’un forfait que risquaient de ne lui pardonner jamais la caste des journalistes, ni accessoirement une grande partie de l’opinion : la dérobade. Il avait accepté d’apporter la contradiction à Besson sur son ignoble « identité nationale et immigration » dans la grande émission télévisée du jour. Personne n’était obligé d’apporter par sa participation son soutien à ce débat dont on avait déjà détaillé cent fois les conséquences néfastes. Mais après tout, un responsable politique de ce qui était encore le principal parti de l’opposition, le PS, avait le droit de faire front.
Or, l’émission avait déjà commencé qu’il fit paraître un communiqué pour annoncer que finalement il ne viendrait pas. Du coup, il offrit pour la première fois à Besson depuis son accession en traître au gouvernement, une position de victime. Bravo ! Il entendit « menteur, arnaqueur, faux-jeton ! » Devant tel tollé, il expliqua que ce coup d’éclat avait été préparé de longue date. Il justifia sa désertion devant l’ennemi en disant qu’il ne voulait pas jouer les « idiots utiles », une expression attribuée à Lénine pour désigner les naïfs occidentaux qui revenaient éblouis de l’URSS ! Hors sujet, M. l’agrégé ; car qui lui demandait d’être dupe, lui le prétendu brillant intellectuel ? Résultat, il avait inventé, lui, « l’idiot inutile », celui qui par une action brutale, impolie, injustifiable et finalement incomprise, donne des armes à ce qu’il prétend combattre et, en outre, se tire dans le pied.
« Je veux que ce pays réfléchisse ! » déclara-t-il enfin avec la prétention de celui qui croit qu’on l’a attendu pour avoir un cerveau sous le prétexte qu’il est l’auteur envié de « L’épaisseur du cogito ». En fait il ne faisait que rappeler une évidence : toute la belle philosophie n’empêche ni la bêtise, ni l’arrogance ni la grossièreté.
Mais assez. Il y avait infiniment plus grave : Rayhana, femme de théâtre, féministe, algérienne, auteur de la pièce « A mon âge, je me cache encore pour fumer », et qu’on avait voulu brûler vive en plein Paris, attaquée au white spirit. En la protégeant, en recherchant et en punissant les coupables, les Français faisaient beaucoup mieux qu’en s’écharpant sur le voile.
Pourtant, il n’y avait rien à faire, ils ne passeraient pas leur week-end tranquille dans leurs débats ordinaires, l’odeur des cadavres là-bas était trop forte, et le malheur de Port-au-Prince trop présent dans leur salon. Ils rêvaient que comme Obama appelant Bush et Clinton ses prédécesseurs à la rescousse pour sauver Haïti, le locataire de l’Elysée trouve un ton, une idée pour rappeler que cette fois, de l’autre côté de l’océan, les appels au secours se faisaient en français, depuis « la Petite France » comme disent les Haïtiens, et qu’une nation, pour exister, n’avait pas besoin d’autre chose que de cela : un élan, une voix, une générosité.
Jusqu’à mardi prochain.

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Réagissez

    • Il faut

      Si Marine Le Pen ne réunit pas les 500 signatures nécessaires à sa candidature à la Présidentielle, tant mieux ! En 2002, Chirac avait donné des instructions pour que le père les obtienne et puisse concourir : on a vu les conséquences le 21 avril. Il faut récuser l’argument selon lequel « je suis contre vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les défendre » : car eux, ne demandent qu’à se débarrasser de nous…

    • Il faut

      Rien ne dit que le sémillant Wade, qui brigue un troisième mandat présidentiel alors que la Constitution du pays ne l’autorise à en accomplir que deux, ne postulera pas, le moment venu, pour un quatrième. Il ne faut pas décourager les vocations, fût-ce à 85 ans (déclarés) comme lui ; d’ailleurs, il y a trop de jeunes au Sénégal…

    • Est-il politiquement correct de se dire que

      des gens à la rue par ce froid n’est pas acceptable. Maggie ne joue pas les enchanteresses. Peter refuse que les bus de l’armée servent aux transports, concurrence avec de Lijn oblige. Et les bien-pensants estiment que « les bobos gauchos » … doivent prendre « en charge, chez eux et à leurs frais, quelques réfugiés économiques ». Triste pays, tristes sires. Personnellement, je préférerais que mes impôts leur servent à quelque chose, plutôt qu’à financer les intérêts notionnels et particuliers de certaines entreprises.