Trois coups de trompe pour un auteur belge
Les Crocs, Michel Wagner, Editions Beauchesne, collection Feuilles, 242 pages.
Quand on a les crocs, on a grand faim. Or s’il y a bien un qualificatif qui convient au recueil de nouvelles et de récits de Michel Wagner intitulé Les Crocs, c’est celui de « gourmand ». Pourtant il n’est guère question de cuisine dans les histoires qui composent l’ouvrage mais plutôt de ce qui précède à tout bon plat de gibier : la chasse. La chasse sous tous ses aspects, avec le vocabulaire ciblé des vrais passionnés de cynégétique, et avec ce je ne sais quoi d’une friandise qui agite les papilles. Et on prend goût à découvrir cet art ancestral, fait de patience et de plaisir. Parce que bien sûr, selon Michel Wagner, le chasseur prend plaisir à ce qu’il fait (sinon il jouerait au football le dimanche plutôt que de grelotter pendant des heures à son poste): le plaisir de tirer (pourquoi le nier, l’homme aime tuer, et il a trouvé une bonne raison de le faire : l’équilibre des espèces) et le plaisir de raconter ses exploits ou ses déboires car le chasseur prend sans doute autant de plaisir à raconter les frissons qui l’ont secoué en voyant passer une grosse laie que ceux qu’il a réellement ressentis. Et enfin le dernier plaisir – et non des moindres : celui de la table.
Dans le recueil, il n’est question ni de condamnation de la chasse (nulle « chasse aux sorcières », vous l’aurez compris…) ni d’apologie éhontée. Mais de montrer combien, comme dans tout, c’est de la grandeur d’âme de celui qui le pratique que dépend la noblesse de l’exercice.
Michel Wagner joue avec la langue et manie les mots comme une arme. Bref si les termes d’affût, de traque, de pirsch ne vous rebutent pas, jetez-vous sur la bête et dégustez-la !

On pourrait croire que vous avez rencontré l’homme avant de lire l’auteur, gourmand, et qui prend plaisir à ce qu’il fait, sur un fond d’émotivité, de fragilité. Il est multi-facettes, traducteur et flûtiste de talent, grand lecteur, et fier causeur « gai compagnon » comme on dirait peut-être encore dans les soirées cynégétiques.
La chasse, mais la guerre, et les femmes (toujours mères, compagnes, servantes…) et le vin, et tout ce qui montre les hommes dans leur « nature », sûrement plutôt dans leur culture, je crois, est ce sur quoi se penche Wagner, avec tendresse, avec bonté, toujours entre sourire et larmes.
Merci de cette fine lecture, et de n’avoir pas poussé des cris d’orfraie comme il est fréquent aujourd’hui quand est écrit le mot chasse. Ardennes obligent.
Merci pour votre commentaire. Vous avez raison d’insister sur le fait que Michel Wagner ne cantonne pas son exploration de la nature à la chasse ; la nature humaine est passée elle aussi au crible de sa sensibilité et de son humour! Pour le plus grand bonheur du lecteur.
…).
On sent une belle âme derrière la jolie plume (d’écrivain, pas d’orfraie