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Troppo moderato


Coco Chanel & Igor Stravinsky, de Jan Kounen

Après des films puérils comme Dobermann, Blueberry ou 99 Francs, Jan Kounen change assurément de registre. Le réalisateur hollandais adapte cette fois le roman « Coco & Igor » de Chris Greenhalgh, évocation romancée de la brève aventure qui a uni Chanel et Stravinsky. Le film commence sept ans auparavant par la reconstitution d’un événement marquant : la première du Sacre du Printemps qui poussa les spectateurs du Théâtre des Champs-Elysées au bord de l’émeute. Dans la salle, Chanel reste subjuguée. Pour cette scène, joliment construite, Kounen s’est efforcé de coller au plus près de la réalité. Il a parfaitement su faire sentir le choc que fut cette œuvre avant-gardiste pour les spectateurs. Il faut voir cette salle bouillir petit à petit comme une marmite, outrée ou au contraire fascinée par cette troublante chorégraphie (l’originale, recréée à partir de documents d’époque), cette musique littéralement inouïe… Stravinsky quitte la salle après 10 minutes, à bout de nerfs. En coulisses, le chorégraphe Nijinski scande le rythme à ses danseurs en hurlant. Pierre Monteux, le chef d’orchestre, reste imperturbable au remue-ménage de la salle. C’est un beau moment, mais le meilleur du film est passé.

Mis à part ce prologue pour lequel, à vrai dire, je me suis déplacé, Coco Chanel & Igor Stravinsky est un film finalement assez inintéressant, pour ne pas dire creux. La relation entre Coco et Igor, mijotée à feu doux, est tout sauf passionnante. Et puisqu’elle occupe tout le reste du film (que ceux qui espèrent un drame fiévreux sur les liens entre passion amoureuse et création artistique passent leur chemin), on attend poliment que ça se termine. La femme d’Igor, malade, sait tout mais ne dit rien. Elle souffre doublement. C’est le seul personnage intéressant. Si Mads Mikkelsen, fort de son charisme et de sa gueule slave à souhait, est assez convaincant, Anna Mouglalis s’en sort nettement moins bien. Elle est crédible physiquement mais gêne par son jeu d’actrice, fort limité. Quant à Kounen, il tente de nous enivrer avec cette histoire tiède à coups de tournoiements de caméra… Il y a de jolies choses, mais elles finissent à la longue par lasser. Pour se consoler, il reste la bande son, parfaitement recommandable. A côté de la musique de Stravinsky, forcément fabuleuse (la version du Sacre du Printemps est celle de Simon Rattle), le compositeur Gabriel Yared s’est montré fort inspiré.

En somme, si l’on se permet de jouer au petit jeu de la comparaison facile, le film d’Anne Fontaine (Coco avant Chanel) s’avère bien plus intéressant et bien plus convaincant, tant par son scénario que par l’incarnation de Chanel (rôle qui pourrait légitimement valoir un deuxième César à Audrey Tautou).

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