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Tu ne tueras point a dit le Seigneur


« Tu ne tueras point a dit le Seigneur. Cela ne veut pas dire seulement occire son voisin, mais aussi ne pas respecter le code de la route »
Extrait d’un prêche de 1953.[1]

Ma femme et moi avons failli mourir, il y a quelques semaines. Nous avons senti passer la faux sur une route près de chez nous, suffisamment près pour en entendre ce sifflement caractéristique pour ceux qui connaissent ce son d’un jour d’été, beaucoup moins rural et sympathique dans une voiture…

Cela vaut-il la peine d’en faire une chronique ? C’est déjà si difficile d’en relater les circonstances sans tomber dans le procès-verbal ou le constat et puis, je raconte déjà tellement mes déboires circulatoires.

Je n’aurais donc pas écrit cette chronique si, il y a peu, je n’avais pas été à Lasne, pays des 4×4 qui avalent les casse-vitesse censés les ralentir (ce que ne peut pas faire ma petite voiture). Je ne sais pas vous, mais je me sens toujours mal à l’aise quand je ne vois plus que la calandre d’une jeep dans mon rétroviseur. J’aime la convivialité, mais sur les routes, j’apprécie que l’on garde ses distances, quand bien même serait-ce une dame qui me suive.

J’aurais pu mettre cela sur le compte de la distraction si cela n’avait pas duré trois ou quatre cents mètres et quelques casse-vitesse. Alors, à un carrefour, je m’en ouvris à la conductrice, très poliment je vous assure. Elle me renvoya, manant, par un vulgaire « dégage », avec une rare arrogance qui rime si bien avec violence.

Alors, pour en revenir à ma presque fin, l’épisode relaté au début est simplement celui d’un homme trop pressé qui ne tient pas compte des interdictions de dépasser et de la possibilité qu’ont certains de tourner à gauche sur un trajet qu’il connaît très bien puisqu’il habite à quelques centaines de mètre de là.

Aurait-il provoqué  un accident, que l’on aurait sans doute parlé de « pas de chance », peut-être aussi d’homicide, mais si involontaire.

Et pourtant, je ne suis pas loin de croire que nous sommes plus près de la délinquance que de l’imprévoyance. Il y a quelques 150 homicides par an en Belgique et un petit millier de morts sur les routes[2]… Là-dedans, il doit bien en avoir quelques-uns qui tiennent plus du « meurtre »  que de l’erreur humaine.

Bruit, vitesse, intimidation du Matamore qui joue avec celle des autres, sont encore malgré toutes les campagnes de prévention, un modèle bien suivi, tant par les hommes que par les femmes d’ailleurs. Même dans ses formes les plus bénignes, cela est vécu  quotidiennement par des milliers de personnes comme de la violence, une violence si ordinaire que leurs auteurs ne s’en rendent pas compte ou ne s’en sentent pas responsables.

Pourtant, quels ne sont pas les citoyens qui se plaignent, par exemple, de la vitesse excessive dans les rues de nos villages et ont peur pour leurs enfants. Ils mettent en avant la perte de convivialité liée à cette insécurité. Chacun connaît maintenant ce lien entre vitesse et risque d’accident. Mais ce que l’on connaît moins, c’est le rapport entre la vitesse et le bruit. Passez dans une rue à 70 km/h plutôt qu’à 50 km/h augmente le bruit de 2 à 3 décibels, soit un doublement du niveau sonore[3]. Bien entendu, le revêtement de la route aura son rôle à jouer. Rouler à vive allure sur des pavés sera plus bruyant que sur de l’asphalte. La manière de conduire influence aussi nettement la pression sonore. Freiner et accélérer vivement à un carrefour ou à un casse-vitesse augmentera le bruit perçu par les riverains. Les études montrent que tout ce bruit n’est pas sans influence sur la santé et qu’il accentue cette perte de convivialité évoquée plus haut.[4]

Si nous nous mettions à lever le pied, à respecter les riverains et les autres usagers, si nous nous arrêtions de penser qu’un permis de conduire est un permis de port d’arme.

Denis MARION.

[1] Repris d’un documentaire sur Fernand Raynaud, les trente glorieuses et la voiture.

[3] L’échelle des décibels est logarithmique : si l’on ajoute 3 décibels, cela correspond en fait au doublement du niveau sonore. Et si l’on ajoute 10 décibels à un niveau sonore, celui-ci est en fait multiplié par 10.

[4] Tenez-en alors compte dans votre manière de vous déplacer. Privilégiez les déplacements à pieds ou en vélo. Et si vous devez utiliser un véhicule à moteur, adoptez un mode de conduite respectueux. La convivialité et la sécurité en seront augmentées.

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    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…