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Typiquement humain (voire canin)


Je l’avoue, je n’avais jamais lu de livres de Jacques A. Bertrand (c’est quoi ce «A»?), bien que ce romancier jouisse d’une petite notoriété grâce à ses romans, justement, il en a écrit une flopée depuis presque vingt ans, et notamment Les sales bêtes, Prix 30 millions d’amis, et J’aime pas les gens, prix Georges-Brassens (dont par ailleurs je ne sais rien). Mais aussi par sa participation à l’émission de France Culture «Les papous dans la tête». C’est donc assez distraitement (et avec retard, le livre est paru en septembre dernier, mais il y en a toujours qu’on oublie, on ne sait pourquoi) que j’ai ouvert Les autres, c’est rien que des sales types – décidemment, ses titres! – et je ne l’ai refermé qu’une fois terminé.

Comment dire? Ce Bertrand-là serait le fils spirituel d’Alexandre Vialatte et d’Henri Calet, le cousin de Franz Bartelt – vous ne connaissez-pas? Ruez-vous sur Le Grand Bercail ou Les Bottes rouges, ou de Tronchet, ébouriffant auteur BD. C’est drôle (très), plus lucide que méchant (la méchanceté ne fait pas à elle seule de la bonne littérature – heureusement),  mais, surtout, et c’est cela l’important, ses textes sont le fruit d’un sens aigu de l’observation, mis en mots avec un plaisir de la langue diantrement communicatif. Ce serait comme un délicieux breuvage qu’on se plaît à garder le plus longtemps possible en bouche.

Mais de quoi s’agit-il, en définitive? De vingt représentants de ces Autres qui peuplent – polluent? – le monde, et donc notre existence– et qui sont, cela va sans dire, typiquement humains, même si le chien, nous rappelle l’auteur, n’est jamais loin. On voudrait tout citer tant tout y est formidablement juste et drôle. Sa dissertation sur les Cons, par exemple (on retrouve Brassens), les grands, petits, jeunes, vieux, pauvres, dernier des, comme un balai, etc., constitue un extraordinaire morceau de bravoure littéraire.

«Quoi de plus humain que l’Imbécile Heureux? On n’en trouve dans aucune autre espèce animale (ou alors, peut-être chez certains chiens de compagnie)», interroge le facétieux auteur. Avant de noter qu’il n’existe pas d’Imbécile Malheureux parce qu’il «ne serait plus tout à fait un imbécile. Il serait principalement malheureux, comme vous et moi.» «Si vous avez conscience d’être un imbécile, c’est précisément que vous n’en êtes pas un. Alors que, au contraire, si vous avez conscience d’être heureux, c’est que vous êtes probablement heureux. Sauf si vous êtes un imbécile.»

Si cela ne vous titre pas un éclat de rire, ou même un sourie, passez votre chemin, tout est de cette eau-là, qu’il soit question du Touriste, du Philanthrope, du Parisien, du Provincial, de l’Agélaste (qui ne rit jamais, tel le croque-mort «par conscience professionnelle»), du Psychorigide, du Voisin, du Malade, du Pauvre, du Végétarien, de l’Enthousiaste («l’exemple même du type assommant»), du Lambda (majoritaire) ou du Groupe («ramassis de sales types qui fonctionne comme un seul homme»). Un conseil si vous achetez ce livre: gardez-le à portée de main et plongez-y de temps en temps: c’est un formidable remède contre le vague à l’âme et les idées noires.

Jacques A. Bertrand, Les autres, c’est rien que des sales types , Julliard, 134 pages, 15 €

Réagissez

    • Il faut

      Si Marine Le Pen ne réunit pas les 500 signatures nécessaires à sa candidature à la Présidentielle, tant mieux ! En 2002, Chirac avait donné des instructions pour que le père les obtienne et puisse concourir : on a vu les conséquences le 21 avril. Il faut récuser l’argument selon lequel « je suis contre vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les défendre » : car eux, ne demandent qu’à se débarrasser de nous…

    • Il faut

      Rien ne dit que le sémillant Wade, qui brigue un troisième mandat présidentiel alors que la Constitution du pays ne l’autorise à en accomplir que deux, ne postulera pas, le moment venu, pour un quatrième. Il ne faut pas décourager les vocations, fût-ce à 85 ans (déclarés) comme lui ; d’ailleurs, il y a trop de jeunes au Sénégal…

    • Est-il politiquement correct de se dire que

      des gens à la rue par ce froid n’est pas acceptable. Maggie ne joue pas les enchanteresses. Peter refuse que les bus de l’armée servent aux transports, concurrence avec de Lijn oblige. Et les bien-pensants estiment que « les bobos gauchos » … doivent prendre « en charge, chez eux et à leurs frais, quelques réfugiés économiques ». Triste pays, tristes sires. Personnellement, je préférerais que mes impôts leur servent à quelque chose, plutôt qu’à financer les intérêts notionnels et particuliers de certaines entreprises.