Facebook

Typiquement humain (voire canin)


Je l’avoue, je n’avais jamais lu de livres de Jacques A. Bertrand (c’est quoi ce «A»?), bien que ce romancier jouisse d’une petite notoriété grâce à ses romans, justement, il en a écrit une flopée depuis presque vingt ans, et notamment Les sales bêtes, Prix 30 millions d’amis, et J’aime pas les gens, prix Georges-Brassens (dont par ailleurs je ne sais rien). Mais aussi par sa participation à l’émission de France Culture «Les papous dans la tête». C’est donc assez distraitement (et avec retard, le livre est paru en septembre dernier, mais il y en a toujours qu’on oublie, on ne sait pourquoi) que j’ai ouvert Les autres, c’est rien que des sales types – décidemment, ses titres! – et je ne l’ai refermé qu’une fois terminé.

Comment dire? Ce Bertrand-là serait le fils spirituel d’Alexandre Vialatte et d’Henri Calet, le cousin de Franz Bartelt – vous ne connaissez-pas? Ruez-vous sur Le Grand Bercail ou Les Bottes rouges, ou de Tronchet, ébouriffant auteur BD. C’est drôle (très), plus lucide que méchant (la méchanceté ne fait pas à elle seule de la bonne littérature – heureusement),  mais, surtout, et c’est cela l’important, ses textes sont le fruit d’un sens aigu de l’observation, mis en mots avec un plaisir de la langue diantrement communicatif. Ce serait comme un délicieux breuvage qu’on se plaît à garder le plus longtemps possible en bouche.

Mais de quoi s’agit-il, en définitive? De vingt représentants de ces Autres qui peuplent – polluent? – le monde, et donc notre existence– et qui sont, cela va sans dire, typiquement humains, même si le chien, nous rappelle l’auteur, n’est jamais loin. On voudrait tout citer tant tout y est formidablement juste et drôle. Sa dissertation sur les Cons, par exemple (on retrouve Brassens), les grands, petits, jeunes, vieux, pauvres, dernier des, comme un balai, etc., constitue un extraordinaire morceau de bravoure littéraire.

«Quoi de plus humain que l’Imbécile Heureux? On n’en trouve dans aucune autre espèce animale (ou alors, peut-être chez certains chiens de compagnie)», interroge le facétieux auteur. Avant de noter qu’il n’existe pas d’Imbécile Malheureux parce qu’il «ne serait plus tout à fait un imbécile. Il serait principalement malheureux, comme vous et moi.» «Si vous avez conscience d’être un imbécile, c’est précisément que vous n’en êtes pas un. Alors que, au contraire, si vous avez conscience d’être heureux, c’est que vous êtes probablement heureux. Sauf si vous êtes un imbécile.»

Si cela ne vous titre pas un éclat de rire, ou même un sourie, passez votre chemin, tout est de cette eau-là, qu’il soit question du Touriste, du Philanthrope, du Parisien, du Provincial, de l’Agélaste (qui ne rit jamais, tel le croque-mort «par conscience professionnelle»), du Psychorigide, du Voisin, du Malade, du Pauvre, du Végétarien, de l’Enthousiaste («l’exemple même du type assommant»), du Lambda (majoritaire) ou du Groupe («ramassis de sales types qui fonctionne comme un seul homme»). Un conseil si vous achetez ce livre: gardez-le à portée de main et plongez-y de temps en temps: c’est un formidable remède contre le vague à l’âme et les idées noires.

Jacques A. Bertrand, Les autres, c’est rien que des sales types , Julliard, 134 pages, 15 €

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…