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Un ange à Istanbul


Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Mathias Énard, Arles : Actes Sud, 2010. 154 p. 17 €

Mathias Énard s’empare d’une magnifique figure historique : Michel-Ange. Le grand intérêt de tels personnages, c’est que leur vie est à la fois connue et pleine d’ombres. Ainsi, cette commande que le sultan Bajazet, maître de l’empire ottoman, lui aurait passée : un pont sur la Corne d’Or, pour relier les deux parties d’Istambul. Projet où Vinci aurait échoué auparavant…
À partir de cette scorie, Énard brosse en petites touches sensibles le portrait d’un artiste tributaire des humeurs de ses puissants commanditaires, qu’il s’agisse d’un pape, d’un prince ou d’un sultan. La postérité en fait un génie, un géant ; en son temps, il était admiré, certes, mais au service de l’argent et du pouvoir. Un roman subtil qui non seulement brosse le portrait d’un homme et d’une époque, mais qui rappelle aussi ce qu’il y a de fragile dans la condition d’un artiste. Mais c’est dans cette fragilité qu’il puise la plus belle part de son inspiration, et donc de sa force.

2 réactions sur “Un ange à Istanbul”

  1. Françoise Pichon dit :

    Merci de cette bonne nouvelle : j’adore ce capricieux, coléreux, mais malheureux et génial Michel Ange, dont le Moïse ne bénéficie pas de la place et de la lumière que devait lui offrir l’emplacement prévu intialement à la Basilique st Pierre. Savez vous en outre que l’on a même obturé la fenêtre qui surplomble son Moïse, car – entouré de Matriarches juives – l’Eglise a voulu le mettre à l’ombre : trop de Juifs entraient dans cette église pour y admirer et penser à ces matriarches !!

  2. [...] et d’éléphants de Mathias Enard, Goncourt des lycéens, dont je vous avais déjà parlé ici. Une page possible et hautement fictionnalisée de la vie de Michel Ange… Egalement, le dernier [...]

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…