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Un ODNI chez Dupuis


Longtemps catalogué éditeur pour enfants et adolescents, Dupuis s’est ouvert à un public adulte à la fin des années 1980 en lançant la collection Aire Libre. Il vient aujourd’hui de franchir un nouveau pas (à suivre?) en publiant une sorte d’objet dessiné non identifié, un roman graphique qui ne ressemble à rien de connu dans son catalogue. De taille intermédiaire entre l’album traditionnel et le petit format, fort de quelque 200 pages sépia ou noir et blanc selon l’époque, Bandonéon, de l’argentin Jorge Gonzalez, surprend par l’ambition et la créativité de son graphisme. De ses graphismes, devrais-je écrire, car y cohabitent des styles bien différents.
S’ouvrant sur le départ de Gênes d’un bateau emportant des Italiens vers l’Argentine en 1916, Bandonéon raconte l’histoire d’Horacio, pianiste virtuose encouragé enfant par un joueur de bandonéon. Au début des années 1930, ce fils d’anarchiste se produit au sein d’un petit groupe amateur ainsi que dans un bordel fréquenté par les notables de Buenos Aires. Et notamment par un médecin dont, au prix d’une trahison, et plutôt que de partir à New York où l’attend un contrat, il épouse la fille, troquant sa défroque de musicien pour celle de cadre d’entreprise. Une parure nettement moins exaltante comme il s’en rendra compte, menant bientôt une existence monotone et répétitive auprès d’une femme qu’il n’aime plus. Tout en continuant à jouer du piano dans un bar ou du bandonéon dans son appartement.
Le trait de Jorge Gonzalez, Argentin installé en Espagne, est tantôt rapide, proche du croquis ou de l’esquisse, voire de l’abstraction dans plusieurs planches, tantôt au contraire, lourd, sombre, traduisant une certaine pesanteur, celle de l’océan charriant le navire ou de la ville la nuit. Dans la troisième partie du récit, le dessin change encore. L’auteur multiplie les petites vignettes (comme dans la BD américaine actuelle) pour raconter, de manière elliptique, la tristesse du quotidien d’Horacio, en les alternant avec des cases plus grandes, plus noirs aussi, qui traduisent le désarroi du personnage.
Cette histoire est suivie par une longue postface qui en est en quelque sorte le making of. Gonzalez y raconte la naissance de l’album, commente les liens entre son autobiographie et son travail, tente de dire ce qu’il a en lui, rend compte de ses discussions avec son traducteur – où il est notamment question des rapports à son pays d’origine -, et des doutes qui ne cessent de l’habiter. Tout cela à travers des croquis et esquisses à tonalités multiples. C’est assez étrange, voire désorientant et, au final, extrêmement stimulant.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…