Un petit tour à la campagne
Aujourd’hui sortent deux films fort différents qui nous emmènent chacun à leur manière faire un petit tour à la campagne. La campagne anglaise dans Tamara Drewe, délicieuse comédie douce-amère de Stephen Frears, et la campagne louisiane dans The Last Exorcism, film d’horreur bien troussé par Daniel Stamm.
Tamara Drewe, de Stephen Frears, basé sur le roman graphique éponyme de Posy Simmonds.
Avec son nez refait, ses jambes interminables, son job dans la presse people, son aspiration à la célébrité et son talent pour briser les cœurs, Tamara Drewe est l’Amazone londonienne du XXIe siècle. Son retour au village où vécut sa mère est un choc pour la petite communauté qui y prospère en paix. Hommes et femmes, bobos et ruraux, auteur de best-sellers, universitaire frustré, rock star au rancart ou fils du pays, tous sont attirés par Tamara dont la beauté incendiaire et les divagations amoureuses éveillent d’obscures passions et vont provoquer un enchaînement de circonstances absurdes.
Absurdes, en tout cas rocambolesques. Les quiproquos et (més)aventures vaudevillesques que vivent les personnages de Tamara Drewe lorgnent tour à tour vers la franche comédie et vers la satire sociale plus acide. Tout le monde en prend un petit peu pour son grade, et personne n’arrive totalement à ses fins, qu’il s’agisse de réussite sentimentale, professionnelle, sociale ou artistique. Le nouveau film de Stephen Frears (dernier succès en date : The Queen) est typiquement une comédie « drôle, mais pas seulement », qui slalome entre rires et grincements de dents, entre bonheur et douleur. Les légers problèmes de rythme sont vite effacés par le plaisir de découvrir cette mémorable galerie de personnages (particulièrement les deux adolescentes, l’écrivain américain, l’épouse cocue…), savoureusement interprétés par un casting épatant (la plupart sont des visages inconnus issus de la scène british). Dans le rôle-titre, la jeune anglaise Gemma Arterton (24 ans), radieuse, prouve qu’elle sait faire autre chose que la potiche dans les blockbusters américains (le dernier James Bond, Clash of the Titans, Prince of Persia) et jouer la comédie. Une star est née : tout le monde va se l’arracher.
The Last Exorcism, de Daniel Stamm
Quand il arrive dans une ferme, le révérend Cotton Marcus s’attend à réaliser un simple exorcisme sur un fanatique religieux troublé. Cependant, il est contacté en dernier recours pour aider une adolescente, Nell, possédée par un démon. En arrivant à la ferme, l’exorciste se rend vite compte que rien n’aurait pu le préparer au mal qu’il va affronter alors qu’il s’apprête à filmer un documentaire avec toute une équipe de tournage. Il est cependant trop tard pour faire marche arrière…
Ce que le pitch ne dit pas – et c’est une assez bonne idée – c’est que le révérend est un charlatan: en d’autres termes, il ne croit pas à toutes ces conneries. Il ressemble à un agent immobilier (saluons le choix d’avoir casté Patrick Fabian, issu de la télé) et son gagne-pain, c’est « d’exorciser » des gens qui « pensent l’être ». Un peu de spectacle de pacotille, et le tour est réglé. Seulement voilà, vous l’aurez compris, il tombe cette fois sur un « vrai cas ». Son évolution par rapport à sa propre foi, à percevoir entre les lignes, rend le personnage vraiment intéressant.
Une autre chose à préciser concernant Le Dernier Exorcisme, c’est qu’il s’agit d’un film « tourné par les acteurs ». Il s’inscrit donc dans la nouvelle lignée des films d’horreur contemporains tels que Blair Witch Project, REC 1 & 2 (bientôt 3 et 4), Cloverfield, Paranormal Activity, pour ne citer que les plus connus… A ce niveau-là, l’effet du faux documentaire est crédible et fort bien agencé. Aussi, les effets spéciaux visuels se font rares et discrets : l’amateur de pur gore et de grand-guignol risque d’être déçu – et ce n’est pas plus mal. L’économie de moyens porte ses fruits et le film offre son quota de scènes franchement terrifiantes. Dommage que le souci de réalisme ait été moins exigeant avec la bande-son : nous avons droit à cette bonne vieille musique de film, toujours pratique pour faire sursauter les spectateurs.
Court (1h20) et indéniablement efficace, The Last Exorcism ose également une fin quasi abrupte qui en étonnera plus d’un. Les amateurs du genre apprécieront ce petit film de genre pas révolutionnaire mais souvent surprenant, toujours intéressant.

Décidemment, chaque fois que je viens sur ce site, je me dis que cela faisait trop longtemps … et spécialement un petit passage par cette section cinéma que tu animes, Arnaud.
A chaque fois une nouvelle découverte, autant par de nouveaux films que de nouveaux mots … je découvre aujourd’hui « le rythme d’un film »
comme étant la succession rapide ou lente entre les plans
Génial !!
J’avais déjà « zieuté » les trailers de « The Last Exorcism », on verra ce que ces films donnent
Encore merci l’ami.
Merci Thib! Tu passes quand tu veux!
Le rythme d’un film peut aussi être lié à la simple mécanique du scénario… Quand on sent que l’intrigue fait du surplace, on dit que le film « patine dans la semoule ».
On parle souvent de rythme pour les comédies: moins il y en a, moins la comédie est réussie…
A mes yeux, « Tamara Drewe » connaît juste un petit ventre mou, mais pour le reste, le film est assez jubilatoire du début à la fin.