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Une profonde humanité


Lulu Femme Nue, Etienne Davodeau, Futuropolis, 2 tomes, 78 pages et 16 € chacun.

Bon. Comment dire. Voilà: à celui qui connaît mal la bande dessinée, qui s’en méfie, la trouve trop ceci (enfantine, mal dessinée, bavarde), trop cela (esthétisante, peu attractive, prétentieuse), je conseillerais fortement les deux tomes de Lulu Femme Nue d’Etienne Davodeau. A celui qui aime la BD, je recommanderais également ce double album car il contient tout ce qui fait aimer cet art et qui en fait justement un art à aimer: une émotion simple et juste, de la générosité, de la bonté, de l’amour pour les personnages, de l’humour aussi, le tout raconté avec une grande intelligence du cœur et de l’esprit, sans mièvrerie ni roublardise, sans tricherie ni facilités. Et derrière tout cela, une poignante réflexion sur la vie.
Lulu en avait marre de ne pas trouver d’emploi, alors elle est partie, oubliant momentanément son mari et ses trois enfants, dont une adolescente. Elle a abouti quelque part sur la côte atlantique dans la voiture d’une VRP rencontrée par hasard. Sa route va croiser celle de Charles, récemment sorti de prison, qui garde un camping avec ses deux frères. Puis de nouveau, elle sera seule, reprendra la route, rencontrera Marthe, une «petite vieille» qui crève de solitude, et tentera de passer le flambeau à une jeune serveuse de bar. Voilà pour le recto. Sur le verso, on voit ses amis et ses enfants réunis chez elle, une nuit, quelques jours plus tard, qui se racontent cette histoire dont l’un ou l’autre connaît des bribes. On remonte lentement le temps avec eux et avec Lulu, jusqu’au présent où la nuit a fini par laisser sa place à l’aube. On le sait depuis ses premiers albums, la trilogie Les Amis de Saltiel parue au début des années 1990 chez Dargaud, ou l’album petit format Quelques jours avec un menteur, Etienne Davodeau décrit comme peu d’autres auteurs les rapports entre les gens. Des liens qui sonnent toujours justes, des dialogues qui ne pouvaient être que ceux-là, sans la moindre fausse note. Une rigueur que l’on retrouve dans le dessin où les personnages trouvent leur vraie place, la principale. Davodeau est aussi un auteur social. Rural! parle de la construction d’une autoroute au milieu de champs, Les mauvaises gens du militantisme dans les années 1950, Un homme est mort (avec Kris) d’une grève de travailleurs à Brest, à la même époque, qui s’est soldée par un mort. Et les quatre «polars» qu’il a publiés dans la collection Sand Froid chez Delcourt portent tous également un regard politique et social sur notre monde.
Lulu Femme Nue – étrange titre en définitive, peut-être pas le meilleur qui soit même si on en comprend bien le sens – apparaît comme un mélange astucieux et combien réussi de ces deux fibres, les amis, les copains unis par des liens forts, au-delà de tout discours, et un regard assez désenchanté, mais pas pessimiste, sur le temps présent. Et où surtout, surtout, les personnages sont tous magnifiques dans leur profonde humanité.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…