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Valeur littéraire ajoutée


Dans la mer il y a des crocodiles, l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari, Fabio Geda, traduit de l’italien par Samuel Sfez, Liana Levi, 176 pages

 

Les histoires vraies, souvent appelées « récits de vie », qui pullulent dans les librairies m’ont toujours fait grincer des dents. On tombe le plus souvent sur des témoignages mal écrits et dégoulinant de pathos, une prose de magazine people qui suinte le pseudo-romantisme guimauve ou un trash gore.

Rien de tel ici. Et pour cause, ce n’est pas le protagoniste de l’histoire qui a écrit le texte mais un vrai romancier, Fabio Geda qui met tout son talent d’écrivain au service de cette histoire bouleversante qui touche de plein fouet le très actuel problème de l’émigration et des clandestins.

Un parcours de vie difficile raconté sans misérabilisme. Ou comment abandonné à l’âge de dix ans par sa mère à la frontière pakistanaise, un jeune Afghan Hazara (de confession chiite) menacé par les Talibans et les Pachtounes de son pays se retrouve sans ressources et sans personne pour l’aider. Il décide de quitter le Pakistan pour l’Europe dans l’espoir d’une vie meilleure. Une trajectoire peu commune pour un aussi jeune garçon. Il lui faudra cinq ans pour traverser le Pakistan, l’Iran, la Turquie, la Grèce et rallier enfin l’Italie. Cinq ans de privations, de peur, de travaux dégradants et de contacts effrayants avec les trafiquants d’hommes et les passeurs. Il survivra à des situations abominables : le passage de la mer Egée en canot pneumatique, deux journées passées agenouillé entre les essieux d’un camion et un mois de marche dans les montagnes turques.

Si le parcours d’Enaiat est exemplaire à bien des égards, le style de Geda est poétique et drôle. Vous l’aurez compris, c’est un livre sans fausse note qui vous prend par les tripes tant l’émotion est présente à chaque page. Et puis en le refermant vous aurez certainement une vision différente de ces affamés, ces apeurés, ces gens qui ont bravé des dangers inimaginables pour trouver un bout de terre où vivre tranquillement. Etre loin de ses racines n’est facile pour personne. Lorsqu’on quitte sa terre natale, on ne peut souvent pas faire autrement. C’est à Turin que vit Enaiatollah Akbari âgé maintenant d’une vingtaine d’années. Je lui souhaite de tout cœur d’avoir trouvé l’endroit où il pourra enfin vivre en paix.

2 réactions sur “Valeur littéraire ajoutée”

  1. Vincent Engel dit :

    Ce qui fait certainement la différence, également, avec les « récits de vie » que tu signales, c’est la présence et le travail d’un véritable éditeur…

  2. Annick Dor dit :

    Très juste, tu fais bien de le signaler, Liana Levi a une super ligne éditoriale, je n’ai pas pensé à le pointer…

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…