Facebook

Victoire pour l’édition belge ?


Avec l’élection de François Weyergans à l’Académie française, on a pu croire à une OPA de la Belgique sur son voisin, juste retour de manivelle quand, depuis des mois, les médias d’Outre-Quiévrain ne savent plus comment décliner le sujet tarte-à-la-crème-al’jotte du pays-qui-n’existe-plus-et-qui-peut-être-n’a-jamais-existé. Bon, d’accord, Weyergans n’est qu’à moitié belge, mais il l’est déjà plus que sa prédécesseuse, prédécesseure, prédécesseuresse Marguerite Yourcenar. On se gargarisait déjà, il y a quelques années, du constat émis par Brochier, selon lequel un écrivain français sur deux serait belge. Encore quelques efforts, et bientôt un académicien français sur deux le sera aussi !
Mais qu’en est-il de l’édition belge ? Car les écrivains belges que l’on connaît en France ne sont pas souvent ceux qui publient chez nous. On a déjà tellement glosé sur le sujet de l’incontournable écueil de la diffusion, réservée ou en tout cas dominée par les «grands» éditeurs français… Les constats demeurent. L’édition belge aussi. Pour le roman : Luc Pire, avec le Grand Miroir et Espace Nord, Luce Wilquin, Racine. Quadrature, qui s’est spécialisée dans la nouvelle. L’Arbre à Parole pour la poésie, Lansmann pour le théâtre. Mijade pour les enfants. Sans oublier la BD, l’édition scientifique… Et mille pardons à ceux que j’oublie…
Du bon travail, même si… Même si trop de titres sont publiés qui ne devraient pas l’être (le constat vaut pour n’importe quel pays). Même si la place en librairie de ces éditions reste marginale. Même si son rôle essentiel reste celui de découvreur de talents, lesquels iront se faire publier en France lorsqu’un début de renommée sera établi et un embryon de lectorat sera constitué.
Même si, à propos de l’édition belge, on répète toujours la même chose !
Voyons les choses autrement ; Weyergans nous ouvre la voie ! Puisqu’il paraît que notre pays implose, explose, morose, cirrhose, exportons, envahissons, disséminons ! Nommons notre secrétaire perpétuel, Jacques De Decker, sous-secrétaire perpétuel de l’Académie française et exigeons l’alternance : une perpétuité sur deux pour un belge. Militons pour que soient élu(e)s éternel(le)s Dominique Rolin, Françoise Mallet-Jorris, Jean Claude Bologne, Werner Lambersy, Marcel Moreau, Jean-Claude Pirotte, Guy Goffette et tous nos compatriotes installés en France ! Exigeons des bourses de résidence pour en envoyer d’autres à demeure ! Nationalisons Actes Sud et la Différence, glorieuses maisons fondées par des Belges, récupérons dans la foulée les éditions Denoël (en oubliant le passé de son fondateur durant la guerre) ! Luc Pire prendra la direction de Gallimard et Luce Wilquin celle du Seuil. Et puis, cerise sur le gâteau, convainquons Sarkozy de nommer Jean-Pierre Verheggen au ministère de la Culture !
Après quoi, il ne manquera que le prix Nobel à Simon Leys ou Pierre Mertens, et nous pourrons proclamer l’annexion de la littérature française… Suffisait d’y penser. Espérons que les Suisses n’aient pas eu la même idée.

Mots-clefs :, , ,

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…