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Voix pudiques


Je ne sais pas si les livres de Pierre Charras et Michèle Lesbre tranchent parmi ceux de la rentrée, il y a de tout et il faudrait avoir tout lu, mais ces nouvelles pierres délicatement posées sur un chemin qu’ils tracent avec une obstination talentueuse depuis des années souffrent d’être ensevelies sous des rocs mal dégrossis mais autrement plus médiatiques.

charrasPierre Charras, également comédien, est un écrivain précieux. Depuis 1984, il publie des livres porteurs d’une petite musique très personnelle. Le requiem de Franz, qui vient après Bonne nuit, doux prince et Quelques ombres, donne la parole à Schubert qui s’éteint à Vienne à la veille de ses trente-deux ans, frustré de n’être pas reconnu «en-dehors du cercle fort restreint de mes si cher amis qui ont essayé de me protéger du mal que pouvait me faire autrui». Il laisse le passé affleurer à sa mémoire. Lui que «sait trop bien» être «un maitre en rien mais un élève en tout» se souvient sa rencontre ratée avec Beethoven, son maître qu’il croisait régulièrement dans les rues de la capitale autrichienne, mort un an avant lui. Il pense aussi aux œuvres qu’il a réalisées, notamment les lieder, ainsi qu’à celles qu’il a «délaissées à mi-course», et à bien d’autres choses encore. L’écriture, pudique, poétique, rend admirablement compte du désarroi qui atteint, dans ses ultimes moments conscients, celui qui ne sait pas être un génie.

lesbreDepuis près de vingt ans, Michèle Lesbre publie de brefs et délicats romans qui touchent un public fidèle. Elle a, depuis Boléro en 2004, trouvé en Sabine Wespieser une éditrice qui lui correspond parfaitement. Deux ans après le remarqué Canapé rouge, elle propose Sur le sable, un roman dont les personnages, comme toujours chez elle, semblent être constamment entre deux eaux. Témoin de l’incendie d’une maison de bord de mer, la narratrice est assise sur le sable à côté de son propriétaire et incendiaire. Qui lui raconte son passé marqué par une certaine Brigitte retrouvée morte sur cette même plage lorsqu’il était enfant. Elle-même est veilleuse de nuit dans un hôtel et a entrepris de relire l’ensemble de l’œuvre de Modiano. La confrontation, jamais réellement explicite, de l’univers de l’auteur de Villa triste avec celui de l’auteure est l’un des attraits et l’une des richesses de ce livre envoûtant.

Pierre Charras, Le requiem de Franz, Mercure de France, 110 pages, 12 €

Michèle Lesbre, Sur le sable, Sabine Wespieser Editeur, 150 pages, 17 €

Une réaction sur “Voix pudiques”

  1. Gazignaire dit :

    Quel plaisir de voir que Pierre Charras a des admirateurs. Reconnaissance d’un écrivain pudique et tourmenté, profond et lucide, à l’écriture incisive et faussement sage, ancré à la fois dans son temps et dans l’absolu de l’être humain. Ses romans accompagnent la vie d’une manière étonnante et fraternelle, jusque dans ses péripéties les plus sombres. Charras est un romancier noir et blanc, comme le cinéma du même nom qui puisait dans ce clair obscur des nuances infinies que la couleur camoufle.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…