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Voyage d’études


On connaissait le tourisme de masse, le tourisme culturel, le  tourisme sexuel, il faudrait compter désormais avec le tourisme présidentiel. Les Sarkozy s’envolaient pour visiter un monument : Obama, une sorte de statue érigée sur les bords du Potomac à Washington D. C. (USA). Bien sûr, encore qu’assez jeune, la sculpture Barack Obama était déjà un peu abîmée par ses opposants républicains, et déjà beaucoup moins fréquentée que lors de son inauguration triomphale.

Touchant des sommets ou plutôt des gouffres d’impopularité dans le Beau pays au lendemain d’élections régionales désastreuses, le président français n’en avait pas moins quelques raison d’attendre beaucoup de son voyage présidentiel. Il apprendrait d’abord au cours de sa visite comment il vaut mieux, quand on veut vraiment un résultat, prendre un parti et s’y tenir. Obama avait mis tout son poids dans la réforme du système de santé, il avait du batailler ferme, s’était investi jour et nuit dans sa mission et, au péril de sa popularité, il avait fini par faire voter cette réforme historique.

Le président du Beau pays au contraire, avait toujours tellement de fers au feu que, fût-il Shiva, ses multiples bras n’y suffisaient pas. Il avançait puis reculait, comme sur la taxe carbone, donnant prise à ses contradicteurs qui n’avaient qu’à le confronter à ses déclarations précédentes pour le confondre. De plus, on ne savait jamais quelle était sa véritable priorité pour la nation.

En visitant le monument américain, il verrait aussi comme il est bénéfique de mettre en valeur ceux qui travaillent avec vous au lieu de les humilier. L’Administration américaine apparaissait toujours unie et offensive, avec cette espèce de gaité que donne le combat politique quand on sait pour quoi, et pour qui on combat. Tout le contraire du président Nicolas qui avait brutalement interdit à son Premier ministre, moins impopulaire que lui, d’apparaître à la télévision au lendemain du désastre électoral. Il avait lui-même parlé, un quart d’heure. Résultat, nouvelle chute dans les sondages. Il avait aussi grossièrement mouché sa ministre Jouanno parce qu’elle s’était déclarée « désespérée » par le tour que prenait la prétendue politique environnementale de la France. Il faut dire que la pauvre Chantal ne perdait jamais une occasion de mettre en avant ses qualités de karatéka ce qui sous-entendait qu’elle savait se recevoir quand on la mettait au tapis.

Heureusement il y avait le glamour. Sur ce plan, pendant le voyage américain, l’égalité serait respectée, pour les femmes au moins, et les magazines spécialisés ne manqueraient pas le facile sujet comparant les look de Michelle et de Carla.

Mais il y avait une autre question que le président français devait poser à son ami américain : comment gérer sa propre famille ? Carla avait déjà dit qu’il serait bien préférable pour son mari de ne pas se représenter en 2012. Quant au père du président, encombrant mémorialiste de lui même et de sa lignée qui venait de sortir un livre, il avait émis le même jugement. Bref, sa famille pensait comme plus de la moitié des Français : Cinq ans, ça suffit !

Obama avait la réponse : sa femme à lui était trop prise par son métier de Première Dame pour s’occuper de son business à lui. Quant au père du président, il avait disparu…

Jusqu’a mardi prochain.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…